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litterature, Auteur Victor OJEDA | Bloguez.com
Les stars de l'édition déjà en course
9/7/2009
http://www.ladepeche.fr/article/2009/07/08/636295-Les-stars-de-l-edition-deja-en-course.html Publié le 08/07/2009 08:28 | LaDepeche.fr Les stars de l'édition déjà en courseLivres. Le nombre d'ouvrages à paraître pour la rentrée de septembre est en légère baisse. En septembre, les livres fleurissent dans les librairies. DDM
La
rentrée littéraire de septembre est prête ! Et la crise est passée par
là… Le nombre d'ouvrages annoncés à l'automne a baissé (659 contre 676
pour 2008) et les éditeurs témoignent d'une volonté de maîtrise sur
leur production. En effet, il semble qu'ils aient compris les leçons de
2008 : pas de titres « poids lourds », accompagnés d'avances mirifiques
à leurs auteurs. Les tirages gargantuesques de Christine Angot ou de la
correspondance Houellebecq/BHL, dont la plupart des exemplaires ont
fini au pilon, sont désormais de mauvais souvenirs. Quantité moindre,
mais suivi et qualité seront au rendez-vous. Entre auteurs confirmés et
nouveaux venus, le cru « septembre 2009 » devrait être très bon.
Ce léger recul est notamment visible dans la littérature française
qui marque le pas avec 430 romans programmés entre mi-août et fin
octobre, contre 466 en 2008, selon le pointage annuel du magazine
spécialisé Livres Hebdo. Le nombre de premiers romans est également en
retrait, avec 87 titres contre 91 l'an dernier. Déjà sensible en 2008,
le ralentissement de la production de la rentrée montre la prudence des
éditeurs, désireux de mieux accompagner les ouvrages plutôt que de
multiplier les parutions. Dix romans seulement, parmi lesquels les
derniers Amélie Nothomb, Philip Roth ou Frédéric Beigbeder, seront
ainsi tirés cette année à plus de 50 000 exemplaires, contre quinze en
2008.
Chez l'éditeur Grasset, on tente le tiercé gagnant en publiant des
auteurs à succès sur le retour. Ainsi, Beigbeder revient avec « Un roman français », Micka Assayas, le critique rock, signe son retour avec « Solo » et Samuel Benchetrit nous offre « Le cœur en dehors ».
Albin Michel a choisi de sortir les valeurs sûres en proposant le dernier bébé d'Amélie Nothomb« Le voyage d'hiver », ou encore le nouveau Jean-Christophe Grangé, maître du suspens qui ne nous livre que le nom du livre à paraître « La forêt des Manes ».
À côté des monstres de la littérature, on retrouve pléthore de nouveaux auteurs, tout aussi prometteurs. Sacha Sperling, 18 ans, signe son premier roman « Mes illusions donnent sur la cour » (Fayard) ; Vincent Message nous offre un recueil de 700 pages intitulé « Les veilleurs » (Seuil) ; Amina Danton pourrait créer la surprise avec son roman « La tangente ». Qui aura le plus de succès ? Les paris sont ouverts…
Bref, la littérature ne manque pas de noms, ni d'imagination, et
c'est avec plaisir que les libraires nous donnent rendez-vous en
septembre !
L. D.
Tags : litterature
Catégorie : !60_News littéraires/2009/05
Agnès Castiglione : «Avec Pierre Michon, cette vie minuscule devient littérairement majuscule»
9/7/2009
Agnès Castiglione : «Avec Pierre Michon, cette vie minuscule devient littérairement majuscule»
Entretien. Maître
de conférences en littérature contemporaine à l’université de
Saint-Etienne, Agnès Castiglione considère Pierre Michon comme l’un des
plus grands écrivains de notre temps. Elle lui consacre aujourd’hui un
essai, intitulé Pierre Michon, publié aux éditions Textuel,
dans la collection Auteurs et complété d’un CD audio, de différentes
illustrations et d’une anthologie de textes d’un auteur à « l’écriture
absolu ».
Vous n’en êtes pas à votre premier livre sur Pierre Michon…
Le tout premier colloque international consacré à Pierre Michon eut
lieu à l’université de Saint-Etienne en 2001. J’en ai publié les actes
sous le titre, Pierre Michon, l’écriture absolu, aux
éditions de l’université de Saint-Etienne. Puis, avec l’aide d’un jeune
doctorant qui fait sa thèse sur Michon, nous avons renouvelé
l’expérience lors d’une journée d’étude à l’université de
Cergy-Pontoise. Cette deuxième publication, toujours dans la même
édition, s’intitule Pierre Michon : naissance et renaissance.
Est-ce donc à partir de 2001 que l’oeuvre de Pierre Michon a commencé à être étudiée?
Pas tout à fait. Il y a d’abord eu le très grand critique, Jean-Pierre
Richard, qui reste l’un des pionniers de l’étude consacrée à Pierre
Michon. En 1990, il a écrit à son propos un bel article, «Servitude et
grandeur du minuscule», dans L’État des choses. Études sur huit écrivains d’aujourd’hui (éditions Gallimard). Trois ans plus tard, est sorti aux éditions Verdier l’ouvrage, Compagnies de Pierre Michon, réunissant les contributions de plusieurs écrivains.
Qu’est-ce qui a déclenché votre intérêt pour cet écrivain?
Je me souviens avoir lu les Vies minuscules,
il y a fort longtemps, dans un train qui me ramenait de Paris et de
devoir me tourner devant la glace de la fenêtre parce que j’étais en
larmes. Cela a été un choc émotionnel, un pur émerveillement. C’est une
écriture qu’on n’oublie pas, à laquelle on adhère immédiatement. Elle
nous rejoint dans des zones extrêmement profondes. J’avais l’impression
d’entendre la voix rassurante du texte, comme si on lisait contre mon
épaule. Cette rencontre a tout déclenché. J’ai commencé à en parler
dans les colloques et, peu de temps après, je présentais, à Metz, ma
toute première étude des Vies minuscules.
Pierre Michon a-t-il ouvert la voix à un nouveau mouvement dans la littérature contemporaine française?
Assurément. Après les avant-gardes, la mort de l’auteur et la fin du
sujet, tout d’un coup voilà une voix qui s’affirme avançant «dans la
jeunesse de mes prétentions» (première phrase des Vies minuscules).
C’est une voix qui se dit jeune. Il y a un sujet qui entreprend son
récit et qui, curieusement, remonte à la forme très ancienne de la
biographie, socle de toute la littérature occidentale. On peut prendre
en exemple les vies de peintres que Pierre Michon a inaugurées avec la Vie de Joseph Roulin, Maîtres et serviteurs ou Le Roi du bois. Dans la littérature contemporaine, le modèle de la vie a été particulièrement fécond après les Vies minuscules
et a permis de relancer la littérature contemporaine. Le terme même de
«vies minuscules», je le vois très souvent employé, non pas à propos de
Pierre Michon, mais à propos de littérature, dans les critiques
littéraires, dans Le Monde des livres aussi.
Le terme «vies minuscules» serait-il devenu un concept littéraire ?
Oui, en ce sens qu’il désigne des récits brefs, tendus. Des récits qui
vont sélectionner ce que Barthes a appelé des biographèmes.
C’est-à-dire, des instants forts, des moments de rupture, des sursauts,
des rencontres, tout ce qui va amener à un raccourci d’intensité.
Ainsi, cette vie minuscule devient littérairement majuscule: elle
transfigure une existence nulle en lui donnant une assomption
littéraire.
Comment étudier l’oeuvre d’un auteur vivant? Est-ce par la rencontre de l’autre? Par la lecture uniquement?
C’est avant tout par la lecture. La rencontre, elle, permet de savoir
comment l’auteur travaille, les lectures qu’il peut avoir. Mais je
crois que pour étudier une oeuvre, le texte seul suffit. Il fournit
assez d’éléments biographiques. De toute façon, l’écrivain n’est pas le
mieux placé pour commenter son travail. Jean Giono, à qui j’ai consacré
ma thèse, a abondamment parlé de son oeuvre. Mais à chaque fois,
c’était un autre roman.
La rencontre de l’écrivain n’apparaît donc pas majeure dans l’étude d’une oeuvre?
Non. Elle sert avant tout à reconstituer l’historique de l’oeuvre qui
n’est pas forcément celui de l’édition. Surtout chez Pierre Michon qui
vient de publier Les Onze
aux éditions Verdier, alors qu’il l’avait commencé 15 ans auparavant.
Il n’y a pas de synchronie entre l’écriture et la publication. Les
nombreux entretiens qu’il a donnés suite à la publication de ses
ouvrages restent toutefois très éclairants. A la fois parce que Michon
donne, sur la littérature en général et les grands auteurs qu’il
connaît parfaitement bien, un avis vaste, ample et en même temps très
précis. Et aussi parce qu’il montre que, dans son oeuvre, tous les
aspects sont liés. On comprend, entre autres, qu’il a mis les onze
membres du comité du Salut public dans un ordre bien précis. Cet ordre
«michonien» est important à savoir parce qu’il entend une scansion, une
prosodie, des retours de voyelles, de consommes.
En parlant d’entretiens… Dans votre livre, vous avez glissé un
CD audio réunissant les entretiens entre Pierre Michon et Colette
Fellous, lors de l’émission «A voix nue», diffusée sur France culture
du 25 au 29 juillet 2002. Pourquoi avoir choisi ceux-là plutôt que
d’autres?
Parce que c’est un entretien beaucoup plus autobiographique que les
autres, qui sont plus littéraires. Là, il parle de l’endroit où il est
né, de son enfance, de l’école, des gens qu’il a connus, de tout ce
lieu qui est lié aux Vies minuscules. Ces entretiens sont plus «incarnés».
Il y a aussi des illustrations à la fin, des photos de voyage,
des portraits, des peintures et des manuscrits. Est-ce une volonté de
rendre accessible une oeuvre «pas facile», pour reprendre vos termes?
La vocation des éditions Cultures France est de diffuser, à l’extérieur
de nos frontières, l’oeuvre d’écrivains majeurs de la littérature
française contemporaine. Leur parti pris est de proposer à un public
cultivé une présentation très sérieuse mais pas techniciste. Autrement
dit, d’éveiller le désir de lire et d’aimer l’oeuvre. Il s’agit donc de
la présenter, sans en gommer les aspérités, sans la vulgariser.
Dans votre essai, vous faîtes un rapprochement entre Beckett et
Michon à propos de ce que vous appelez «le portrait double». Michon
s’inscrit-il, d’une certaine manière, dans la ligne de Beckett?
Il y a des effets d’échos constants entre leurs deux oeuvres. Michon a consacré un texte à Samuel Beckett dans Corps du roi, et plus jeune, il avait joué En attendant Godot,
sur la scène du théâtre. Mais si j’ai fait allusion au «portrait
double», qui se manifeste chez Beckett dans la paire que forme ce
couple de clochards, c’est pour montrer que l’art de la biographie
propre à Pierre Michon est lui-même un portrait double. En
portraiturant quelqu’un d’autre, c’est aussi soi qu’on dépeint. Ainsi,
la biographie est très souvent une autobiographie oblique, comme le dit
Jean-Pierre Richard.
Pierre Michon refuse l’appellation de «roman» pour désigner ses écrits.
Oui. Il a souvent marqué des distances à l’égard du roman. Il lui
reproche ses longueurs, ses remplissages dans lesquels se perd en
chemin le potentiel énergique de la prose. Il a arrêté La Grande Beune
car il aurait fallu introduire la fornication, le meurtre, des
rebondissements de toutes sortes pour traduire la puissance du désir de
ce jeune homme, amoureux d’une belle buraliste. La brièveté est pour
lui un gage de maintenir intact d’un bout à l’autre du texte la force
émotionnelle et cette jouissance d’écrire. Le module de Pierre Michon
est indubitablement le récit bref et son oeuvre, une succession de
récits biographiques, et parfois même ouvertement autobiographiques,
notamment quand il parle de la mort de sa mère dans Corps du roi.
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Catégorie : !60_News littéraires/2009/06
Une femme d'exception
9/7/2009
http://www.jeuneafrique.com/Article/ARTJAJA2527p096-097.xml0/-USA-racisme-segregation-roman-Une-femme-d-exception.html 24/06/2009 12:04:32 - Jeune Afrique- Par : Tirthankar Chanda -Une femme d'exception L'écrivaine Toni Morrison, lors de son passage à Paris, en mai dernier© Jacques Torregano/Jeune AfriquePremière
Africaine-Américaine à obtenir le prix Nobel en 1993, Toni Morrison est
l’une des voix majeures de la littérature contemporaine. Elle publie
son neuvième roman, Un don, une fresque poétique et déchirante sur
l’origine du racisme et de la ségrégation aux États-Unis. Auteure
de romans, de pièces de théâtre, d’une comédie musicale, de recueils de
poésie et d’essais littéraires, Toni Morrison a raflé quelques-unes des
récompenses les plus prestigieuses : le National Book Critics Award en
1973, le prix Pulitzer en 1988 et le prix Nobel de littérature en 1993.
Succès d’estime, mais aussi de librairie, car les récits puissants et
poétiques de cette grande dame de 78 ans figurent dans la liste des
best-sellers mondiaux. Ils perpétuent la tradition littéraire
africaine-américaine née il y a deux siècles avec les premiers récits
d’esclaves fugitifs.
De passage en France pour le lancement de la traduction de son
neuvième roman, Un don (voir encadré), elle a sillonné l’Hexagone à la
rencontre de ses lecteurs, qui se souviendront de ses éclats de rire.
Des rires nerveux et exubérants de jeune fille, laissant entrevoir
derrière son visage de chanteuse de gospel encadré de dreadlocks
l’enfant turbulente qu’elle a été.
Née Chloe Anthony Wofford en 1931, elle est la deuxième fille d’une
famille de quatre enfants. Toni, diminutif de son second prénom,
formera avec le nom de famille de son mari sa signature. De son enfance
modeste dans la ville industrielle de Lorain, dans l’Ohio, où son père
travaillait comme ouvrier-soudeur, Toni-Chloe garde en mémoire
l’omniprésence de la musique. « Toute la journée, notre maison
résonnait des chansons que fredonnait ma mère. Elle chantait des airs
de l’opéra, les arias de Carmen, le jazz, Ella Fitzgerald et, surtout,
l’Ave Maria avec cette voix riche de soprano qui, chaque fois que je
l’entendais, réjouissait mon cœur. » Comment s’étonner alors que ses
récits se muent en de véritables partitions de musique où les voix se
croisent, s’opposent, avant d’exploser en un final symphonique, emplies
de rage et de douleur.
Ses romans doivent beaucoup également au folklore noir du sud des
États-Unis, transmis aux enfants Wofford par les parents et les
grands-parents nostalgiques du Sud qu’ils avaient fui pour échapper au
racisme. Aujourd’hui encore, la romancière se souvient des soirées en
famille pendant lesquelles les adultes racontaient des histoires de
revenants et les plus jeunes leurs aspirations. La petite Chloe se rêve
danseuse. Mais ses parents l’orientent rapidement vers les études et
l’enseignement.
Solidarité féminine
Première femme de la famille à aller à l’université, elle se
spécialise en littérature anglaise et rédige une thèse de doctorat sur
le suicide dans les œuvres de Virginia Woolf et de William Faulkner.
Diplômée de l’université de Cornell et de Harvard, elle fait carrière
dans l’enseignement, avant de devenir directrice de publication chez
Random House. Ce n’est que tardivement que la future Nobel vient à
l’écriture. Un refuge après l’effondrement de son bref mariage avec le
père de ses deux fils, l’aboutissement d’une quête de soi en tant que
femme noire évoluant dans une société américaine, patriarcale et
ségrégationniste. « J’ai commencé à écrire en 1965, au moment de la
lutte pour les droits civiques, car un énorme changement se produisait
dans les relations entre Noirs et Blancs, explique-t-elle. Je voulais
rappeler ce qu’était la vie avant l’acquisition des droits civiques. Je
voulais également montrer à quel point les femmes, en particulier,
avaient été meurtries. »
Son premier roman, L’Œil le plus bleu, est publié en 1970. Il met en
scène la tragédie d’une jeune fille noire qui vit mal sa négritude et
prie pour avoir des yeux bleus dans l’espoir d’être aimée. Malgré sa
narration moderniste, ce premier roman passe quasi inaperçu. En 1973,
Sula ravit les féministes qui voient dans l’amitié décrite entre deux
femmes noires une illustration de leurs discours sur la solidarité
féminine. Toni Morrison connaîtra le succès avec son troisième roman,
Le Chant de Salomon (1977), une chronique familiale dans la veine de
Racines, d’Alex Haley. Mais surtout avec Beloved (1987), récit
dramatique d’une mère qui tue son bébé pour lui épargner une vie
d’esclave.
Un million d’exemplaires
Prix Pulitzer, Beloved est devenu un classique de la littérature
américaine et s’est vendu à plus d’un million d’exemplaires dans le
monde. Jazz (1992), Paradis (1999) et Love (2003), récits à travers
lesquels Morrison poursuit son exploration de l’univers
africain-américain, ont amplifié la légende de cette écrivaine qui
restitue avec talent et empathie les voix et les résistances des hommes
et des femmes trop longtemps marginalisés.
Toutefois, la vision du destin noir qui se dégage de ces romans est
tout sauf tragique car leur auteure connaît trop bien la profonde
humanité, la créativité, l’humour et la résilience des
Africains-Américains pour les reléguer au simple rôle de victimes
sacrificielles. L’arrivée à la Maison Blanche d’un président noir pour
lequel elle a mené activement campagne justifie l’espoir et l’optimisme
qui sous-tendent ses récits. Beaucoup pensent qu’ils ont préparé
l’entrée de l’Amérique dans le postracisme. « Je n’aime pas trop les
mots en “isme” mais, déclare Toni Morrison dans un éclat de rire, je
crois que quelque chose a bel et bien changé avec cette élection. »
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Catégorie : !60_News littéraires/2009/10
OSLO/LITTERATURE – Portrait de Per Petterson par son traducteur
9/7/2009
OSLO/LITTERATURE – Portrait de Per Petterson par son traducteur
Per Petterson est considéré par de
nombreux critiques et amateurs de littérature nordique comme l’un des
auteurs contemporains norvégiens les plus marquants. Pas facile de voler des chevaux,
paru en Norvège en 2003, lui a valu une renommée et un succès
internationaux. Terje Sindling, son traducteur, nous parle de ses œuvres Selon Terje Sindling : "cette
manière de retravailler un langage populaire pour en faire une langue
hautement littéraire est peut-être ce qui le distingue le plus" - photo : Finn Ståle Felberg
Per
Petterson est l’un des écrivains norvégiens les plus traduits du
moment. Il s’est vu décerner il y a quelques semaines le Grand Prix
littéraire du Conseil nordique pour son dernier ouvrage Jeg forbanner tidens elv. Né en 1952 à Oslo, il s’est fait connaître à l’âge de 35 ans avec la publication d’un recueil de nouvelles Aske i munnen, sand i skoa. Il a depuis publié six romans et obtenu de nombreux prix. Son œuvre la plus connue est Pas facile de voler des chevaux qui, en 2007, a été classée par le New York Times parmi les dix meilleurs livres de l’année. Per Petterson a grandi dans un milieu ouvrier. Dans une interview accordée en janvier dernier au quotidien britannique The Guardian, l’homme confiait avoir découvert à l’âge de 18 ans sa vocation d’écrivain : «
J’ai décidé que si je ne pouvais pas être écrivain ma vie serait
misérable. Je m’étais construit une pièce imaginaire faite de
références aux livres que j’avais lus. Une sorte de bulle dans laquelle
je vivais». Il lui faudra plusieurs années (période pendant
laquelle il travaille notamment comme libraire) pour achever une
première œuvre et oser la proposer à un éditeur. Le temps nécessaire
pour trouver son style et créer son propre univers. La famille y tient
une place importante. Pour mieux connaître cet auteur, nous avons interviewé son traducteur Terje Sindling. Il vient de terminer la traduction de Maudit soit le fleuve du temps (Jeg forbanner tidens elv), qui paraîtra aux éditions Gallimard début 2010. C’est son quatrième voyage dans l’œuvre de Petterson après Jusqu’en Sibérie (Til Sibir), Dans le sillage (I Kjølvannet) et Pas facile de voler des chevaux (Ut og stjæle hester). Comment avez-vous "découvert" Per Petterson ? En
2001, j’ai été contacté par le directeur des éditions Circé, Claude
Lutz, avec qui j’avais déjà travaillé. Lutz est un grand découvreur et
il s’intéresse beaucoup à la littérature nordique (j’ai traduit pour
lui des romans de Jon Fosse, Peer Hultberg et Kirsten Thorup). Il avait
entendu parler de Jusqu’en Sibérie
et il m’a demandé de le lire et de lui faire une fiche de lecture. J’ai
rédigé un rapport enthousiaste et il m’a confié la traduction du roman. Comment qualifieriez-vous son style, sa langue ?Quand
on lit les romans de Petterson, on est d’abord frappé par l’oralité de
sa langue, d’autant qu’il utilise volontiers des tournures et des
formes grammaticales empruntées au langage parlé dans les quartiers
populaires de l’est d’Oslo. Mais on s’aperçoit rapidement qu’il s’agit
d’une oralité entièrement reconstituée par des moyens littéraires.
L’écriture de Petterson est extrêmement travaillée, il a souvent
recours à des allitérations et à toutes sortes de figures rhétoriques
et ses textes fourmillent de références culturelles. Selon moi, cette
manière de retravailler un langage populaire pour en faire une langue
hautement littéraire est peut-être ce qui le distingue le plus. Quelle place lui donnez-vous dans la littérature norvégienne ? Par
sa thématique, on peut évidemment rattacher l’œuvre de Petterson à une
longue tradition norvégienne (et plus largement nordique). Comme
beaucoup d’écrivains nordiques, il s’intéresse aux difficultés des
relations familiales et ses livres sur Arvid Jansson (ndlr : personnage récurrent dans l'œuvre de Petterson) peuvent se lire comme une sorte de Bildungsroman,
genre très prisé par les auteurs de l’Europe du nord. Mais Petterson
est aussi très proche de certains auteurs d’Amérique du nord – je pense
notamment à Cormack McCarthy et à Alice Munro. Comme eux, c’est un
écrivain très visuel – ses évocations de paysages en sont la preuve. Et
comme eux, il préfère montrer plutôt qu’analyser. Traduire les mots, la musique de Per Petterson en français comporte-t-il des difficultés particulières ? Pour
un traducteur, un des problèmes que pose l’œuvre de Petterson est
évidemment lié à cette « oralité » très travaillée dont j’ai déjà
parlé. Je pense qu’il faut à tout prix résister à la tentation de
recourir à certains tics couramment utilisés pour faire « langage parlé
», comme les élisions. On doit retrouver en français la tenue
littéraire de son écriture. Autre problème : ses phrases très longues,
pleines d’incises et souvent reliées par des conjonctions. Là, on est
parfois obligé d’aménager différemment le texte. Le français est une
langue merveilleusement souple, mais qui manque un peu de relief ; la
musique du norvégien est beaucoup plus contrastée. En français, une
longue succession de phrases reliées par des « et » peut vite devenir
monotone et il arrive qu’on soit amené à introduire des coupures. Thierry GUENIN (www.lepetitjournal.com - Oslo) - jeudi 18 juin 2009 Tags : litterature
Catégorie : !60_News littéraires/2009/11
Respectons un peu l’écrivain, bon sang Par Pierre Jourde (Écrivain)
9/7/2009
http://bibliobs.nouvelobs.com/blog/pierre-jourde/20090707/13658/respectons-un-peu-l-ecrivain-bon-sang
Par Pierre Jourde (Écrivain)
Par Pierre Jourde (Écrivain)
Je pensais, naïvement, naguère, que seuls les journalistes supportaient mal que l'on ironise sur les écrivains.
A celui qui se risque à quelques lazzis sur tel romancier surévalué ou
tel journaliste littéraire peu regardant sur la déontologie, on
présente vite la note à payer. La critique vache est toujours
considérée comme salissante. Ce n'est pas honorable, et très mauvais
pour votre réputation. (Du moins sur papier. Sur internet, on se lâche
un peu plus, depuis quelques années. Il suffit de comparer la critique
littéraire d'un journal dans sa version papier et dans sa version
internet.) J'étais outrageusement optimiste en limitant au milieu
littéraire cette crainte obsessionnelle de susciter des remous, ce goût
de la respectabilité, cette révérence. Beaucoup de lecteurs aussi
détestent que l'on dise du mal des écrivains, je m'en aperçois en
lisant les réactions aux quelques piques risquées ici ou là par Jérôme Garcin, Didier Jacob et quelques autres.
Les
arguments qu'on leur oppose immanquablement, je les connais par
expérience. Tentons d'en résumer la teneur. Je passerai rapidement sur
les accusations de populisme, de fascisme (si, si) ou de sexisme,
lorsque l'auteur concerné est une femme. Mot clé, désormais obligatoire
lorsqu'on évoque la critique : réactionnaire. Il est bien
évident, en effet, que critiquer le moindre aspect du moindre artiste
ou écrivain contemporain, c'est détester la création contemporaine,
toute la création contemporaine, donc c'est être un affreux
réactionnaire (c'est Michel Abescat, de Télérama, qui me l'a expliqué naguère, et ça doit donc bien être vrai). Non
moins classique, voire éternel : si vous critiquez untel, c'est rien
que parce que vous êtes un affreux jaloux. Et toc. Rien à dire,
impeccable raisonnement, argument écrasant. Variante : vous voulez
prendre la place de Truc, vous voulez vous faire connaître sur le dos
de Machin, vous voulez vous venger de votre insuccès, de votre
obscurité, etc. mot-clé : aigreur. Employé environ 38750 fois
dans des articles de presse rendant compte d'un ouvrage critique
irrespectueux, et encore plus par de braves lecteurs sur internet. (Je
renvoie notamment à ce site). Donc, silence dans les rangs. Celui qui
l'ouvre est un facho doublé d'un envieux.
Et puis, n'est-ce pas, pourquoi parler des mauvais livres ? Gardons la place pour les bons !
Soyons enthousiastes ! C'est trop facile, la méchanceté ! Grâce à cet
excellent raisonnement, les journaux littéraires parlent tous, à chaque
rentrée littéraire, des trois mêmes écrivains, lesquels ne sont pas
forcément les meilleurs, loin de là. Grâce à cet excellent
raisonnement, la critique n'offre plus aucune résistance à la puissance
de l'industrie lourde éditoriale, qui impose ses produits formatés au
lectorat. Grâce à cet excellent raisonnement, la promotion a presque
définitivement pris la place du débat littéraire, et la controverse
esthétique, qui a toujours été un élément déterminant de la vie
littéraire, est marginalisée. Laissez-nous vendre en paix, laissez-nous
bourrer le cerveau humain avec de la guimauve, et ferme ta gueule,
critique. Lorsqu'on dépasse
ce premier niveau, on tombe sur des gens qui acceptent à peu près la
critique, mais avec des conditions. Ces conditions varient selon les
goûts. Chacune d'entre elles vous autorise à critiquer tout sauf
quelque chose. Si on les accepte toutes à la fois, on en revient à la
case précédente : on ne peut plus rien critiquer. La critique vache,
admettons, mais quand même pas à propos de X, de Y ou de Z, qui ne le
mérite pas, lui. Bon, d'accord. La critique vache, admettons, mais pas
n'importe où. Sur papier c'est bien, à la télévision c'est honteux.
Bon, d'accord. La critique vache, admettons, mais il ne faut pas
qu'elle fasse rire, sinon c'est démagogique, et c'est incompatible avec
une approche sérieuse. Bon, d'accord. La critique vache, admettons,
mais une fois, pas deux, sinon c'est exploiter le filon. Bon, d'accord.
La critique vache, admettons, sur les écrivains très connus, c'est
bien, sur les écrivains peu connus, c'est méchant, c'est lâche. Bon,
d'accord.
D'ailleurs
l'inverse est vrai aussi. La critique vache, admettons, mais pas sur
les écrivains très connus, c'est de l'envie (voir plus haut), ou c'est
inutile. Pour certains, toute critique adressée aux livres des Musso, Levy, Gavalda et consorts est nulle et non avenue. Pourquoi ? Parce que « tout le monde sait que ce ne sont pas des écrivains ». En d'autres termes, il faudrait critiquer les vrais écrivains, et pas ceux qui n'en sont pas. Intéressant. Résumons la situation. Musso et Levy,
pour ne nous occuper que des deux clones, vendent des millions
d'exemplaires. Pour des millions de personnes, un écrivain, c'est ça.
En outre, on ne cesse de parler d'eux, dans les médias qui ont le plus
d'impact, notamment les journaux féminins. La publicité et la mise en
place de leurs ouvrages écrasent les productions plus confidentielles.
Même les magazines spécialisés, comme Lire, ou des critiques
aussi fins que Josyane Savigneau, finissent par les trouver très bien.
Et en face de tout ça, pour éventuellement donner un autre avis ? Eh
bien, de préférence, rien. Mieux vaut ne rien dire. Pour les quelques
esprits éclairés, Marc Levy, ce n'est pas de la littérature, tout le
monde le sait, voyons. Et pour les millions qui le lisent ? Eh bien,
inutile de tenter d'expliquer en quoi ce pourrait ne pas en être. C'est
ça, les respecter. Car il faut respecter. Le voilà, le vrai mot-clé, la clavis universalis du monde moderne. C'est mon choix, respectez-moi, si vous êtes d'un autre avis et que vous le dites, vous n'êtes pas respectueux. Le respect
est le fin mot d'une société où tout et n'importe quoi, en effet, est
respectable, où chacun la ferme, où nous vivons dans une sorte de
révérence universelle, de consensus béat, tout est bel et bon, et des
goûts et des couleurs, pas la peine de discuter ; grâce à cela, les plus forts sont sûrs de gagner, et l'industrie de la sous-culture s'est débarrassée des gêneurs.
Respect : telle est la substance d'une intervention récente du sympathique Graindesables(?) sur une critique de Marc Levy rédigée par Grégoire Leménager. Comme il se trouve que j'ai moi-même eu le mauvais goût d'analyser de près la prose de Marc Levy,
j'ai entendu et lu ce même argument, avec ses variantes, des dizaines
de fois. Tentons d'en préciser la teneur. Mais laissons d'abord la
parole à Graindesables (j'ai cru bon de conserver la pittoresque
fantaisie orthographique de cet abonné au commentaire) :
« Vous êtes bien sévère avec Marc
Levy. [...] Le tout est qu'un certain public, qu'il conviendrait de ne
jamais rabaisser mais au contraire de respecter, y voit une oeuvre
frémissante qui n'a pas à être portée à ébullition pour lui plaire.
[???] Des petites histoires en somme mais qui ont le mérite de
faire lire. J'aime bien l'idée de "faire lire". Car à force de lire, on
apprend à distinguer le bon grain de l'ivraie, on trouve son chemin, on
ne passe pas le temps devant sa télévision. [...] J'ai bien commencé
par Pagnol et Jules Vernes... [sic] Le droit de critiquer les
livres doit aussi s'accompagner du droit à la compréhension du lecteur
amouraché [?] de l'écriture de Levy. Et puis, votre intervention lui
donne encore une fois une bonne publicité. Je préfèrerais que vous nous
parliez de bons livres et que vous nous en fassiez partager toute
l'éclatante nécessité d'une lecture. Je n'achète pas Levy, en lire
trois pages m'a suffit [sic], à l'instar d'un Musso ou d'une Gavalda. Mais je les respecte car je respecte leur public.»
On a, dans ce texte qu'il faudrait graver dans le marbre,
une sorte de condensé de tout ce qu'on lit et entend un peu partout sur
l'inutilité qu'il y aurait à critiquer un mauvais écrivain. On aura
reconnu le fameux « pourquoi perdre son temps à parler des mauvais quand il faudrait parler des bons ? ». Mais tenons-nous en au principal. Donc, ça n'est pas bien de se moquer de « l'œuvre frémissante » de Marc Levy,
parce que ce n'est pas respecter les gens qui l'aiment. Il y a quelques
années, j'avais déjà entendu cette même idée dans la bouche de la
gentille Patricia Martin, au cours de l'émission Le Masque et la plume
: se moquer d'un écrivain populaire, c'est mépriser les milliers de
gens qui le lisent. A l'époque, l'idée m'avait frappé par sa
pertinence. En gros, l'idée est la suivante : si un certain nombre de
personnes aiment quelque chose, ne nous moquons pas de ce quelque
chose, car leur choix est respectable. On peut facilement l'étendre :
si des milliers de gens regardent Cauet ou le Loft, ne critiquons pas ces émissions, car ce serait mépriser leur public. Si des millions de gens votent Berlusconi,
ne critiquons pas Berlusconi, car ce serait un manque de respect pour
les braves Italiens qui l'aiment. Si des milliards de musulmans
révèrent Mahomet, pas de caricatures de Mahomet, car c'est du mépris de
l'Islam, etc, etc.
Voilà
ce que produit notre société du respect universel. Il ne viendrait pas
à l'idée des tenants du respect universel qu'il y a une différence
entre critiquer un homme, une idée ou un objet, et critiquer ceux qui
l'apprécient. Si un ami me dit qu'il a trouvé stupide un film que
j'adore, ce n'est pas pour autant qu'il me méprise. Il ne viendrait pas
à l'idée des tenants du respect universel que respecter les gens, c'est
les croire capables de s'ouvrir au débat, voire à l'humour et à
l'ironie, sans se crisper sur « c'est mon choix, respectez-le ».
Que ne pas les respecter, c'est précisément les considérer comme des
braves imbéciles à qui on va faire avaler n'importe quoi, notamment une
littérature formatée, insipide, bébête. Que le règne de la promotion
universelle ne respecte qu'une chose, l'argent.
Il y a une bonne littérature populaire, c'est vrai, et elle est respectable. Jules Verne (sans s), Alexandre Dumas, Arnaldur Indridasson, Pennac, Fred Vargas, voire Amélie Nothomb
quand elle est en forme, allez, c'est de la bonne littérature
populaire, et qui peut constituer une passerelle vers des textes plus
ambitieux, comme le souhaite Graindesables. Mais pas Levy, ni Musso, et
il faut bien que de temps à autre on explique pourquoi. Parce que, par
exemple, dès la première ligne d'un Levy, on frémit, en effet. Moins à
cause du côté « frémissant » de l'œuvre, que parce qu'on tombe
tout de suite sur les descriptions les plus convenues, les formules les
plus stéréotypées. Parce que c'est de l'esthétique Harlequin,
du factice pur jus, avec de bonnes grosses louches de prévisible, de
sentimentalité gluante, avec des personnages de série Z américaine dans
des décors de carton-pâte. On a l'impression de l'exercice péniblement
produit par un participant à l'atelier « j'apprends à faire de jolies phrases qui font bien romanesque ». Ce genre de produit n'est en rien une introduction à la littérature,
il déforme le goût de gens qui pourraient avec profit lire de bons
textes tout aussi faciles d'accès, mais moins ridiculement faits. Et
puis, que pèse une malheureuse petite critique contre les centaines de
milliers de volumes entassés en librairie, les deux pages dans Elle,
les publicités ? Même un infime espace de respiration critique, c'est
encore trop. Si vous vous y risquez, vous serez méprisé par les grands
esprits, qui ne s'abaissent pas à ces besognes salissantes, et par le
bon peuple, qui vous accusera de jalouser son idole et ne pas respecter
ses goûts. Eh bien tant pis. La critique n'a pas d'objet de
prédilection, et le chiffre des ventes ne la concerne pas vraiment. La
tiédeur et la prudence sont rarement des signes d'amour. Notre époque
préfère le respect à la passion. ***
Heureusement, il en reste quelques-uns pour considérer encore que la critique est aussi un combat, en dépit des respectueux et des respectables. Ainsi, François Taillandier vient dernièrement de se plonger dans Musso. Il a du courage :
« Ça y est, je l'ai fait : j'ai acheté Que serais-je sans toi?, le dernier roman de Gustave Musso, [...] Ce que j'avais fait pour Atiq Rahimi (le prosateur pour qui les bombes explosent « violemment »), ne me devais-je pas de le faire pour lui ?
Alors, pour commencer, il y a un
gros cœur rouge sur la couverture. Et ça, il faut le faire. Moi, je
n'aurais pas osé. Lui, si. [...] Ensuite on retourne le bouquin et on
voit la photo de Gaston Musso. Et là, on comprend beaucoup de choses.
Il a une bonne tête. C'est le gars qu'on a vu vingt fois chez Darty ou
chez Renault, qui vous dit : «Pas de souci», qui vous dit : «Je vous laisse pianoter votre code», et pour finir : «Excellente soirée à vous».
D'ailleurs, à la fin de son livre, il adresse un petit mot de
remerciement aux lecteurs, qu'il signe de son prénom. C'est en somme un
auteur de proximité.
L'histoire vaut ce qu'elle vaut.
C'est une fille déchirée entre son papa (qui est un voleur) et le
garçon qu'elle aime (qui est un gendarme). Enfin, c'est le thème
annoncé, parce que dans l'exécution, finalement, il ne joue pas
tellement là-dessus. Ce qui n'est pas grave, puisque à ce stade, le
livre a déjà été acheté.
Au début, on est à Paris. Le Louvre ayant été préempté par Dan Brown,
Gontrand Musso s'est rabattu sur le Musée d'Orsay. Sinon, ça donnerait
l'impression qu'il a copié. Pour le reste, c'est intéressant, parce
qu'il dépeint Paris exactement comme le dépeindrait Dan Brown. Ou plus
précisément: comme le dépeindrait un touriste américain. Ou mieux
encore : comme on peut le dépeindre si l'on n'y a jamais mis les pieds,
et qu'on se contente d'internet. Son personnage passe-t-il près du Pont
Neuf ? Il vous indique, l'air de rien, au détour d'une phrase, que
c'est le plus ancien pont de Paris. Remonte-t-il le boulevard Raspail ?
Station devant la statue de Balzac « qui a l'air fantomatique ». Le voleur s'enfuit en Vélib', comme un vrai bobo, avec l'autoportrait de Van Gogh sous le bras.
Pour l'essentiel, c'est une histoire
d'amour (d'où le cœur sur la couverture, et le titre emprunté à Louis
Aragon via Jean Ferrat). Et alors là par contre, «c'est du lourd», comme dit Abdelmalik. On a affaire à un amour «rare, profond, passionné».
Rien à voir, lecteur, avec les plans foireux et les coucheries
calamiteuses qui vous tiennent lieu de vie sentimentale. Gaétan Musso
n'hésite pas à écrire une réplique telle que : « Tu m'as brisé le cœur, Gabrielle ! » Là non plus, je n'aurais pas osé. Surtout qu'on a ensuite : « Elle pleura toutes les larmes de son corps. » Je l'ai toujours dit : ce qui compte dans l'écriture, c'est l'audace !
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Catégorie : !60_News littéraires/2009/05
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