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 Les stars de l'édition déjà en course

9/7/2009
http://www.ladepeche.fr/article/2009/07/08/636295-Les-stars-de-l-edition-deja-en-course.html
Publié le 08/07/2009 08:28 | LaDepeche.fr

Les stars de l'édition déjà en course

Livres. Le nombre d'ouvrages à paraître pour la rentrée de septembre est en légère baisse.

En septembre, les livres fleurissent dans les librairies. DDM
En septembre, les livres fleurissent dans les librairies. DDM
En septembre, les livres fleurissent dans les librairies. DDM

La rentrée littéraire de septembre est prête ! Et la crise est passée par là… Le nombre d'ouvrages annoncés à l'automne a baissé (659 contre 676 pour 2008) et les éditeurs témoignent d'une volonté de maîtrise sur leur production. En effet, il semble qu'ils aient compris les leçons de 2008 : pas de titres « poids lourds », accompagnés d'avances mirifiques à leurs auteurs. Les tirages gargantuesques de Christine Angot ou de la correspondance Houellebecq/BHL, dont la plupart des exemplaires ont fini au pilon, sont désormais de mauvais souvenirs. Quantité moindre, mais suivi et qualité seront au rendez-vous. Entre auteurs confirmés et nouveaux venus, le cru « septembre 2009 » devrait être très bon.

Ce léger recul est notamment visible dans la littérature française qui marque le pas avec 430 romans programmés entre mi-août et fin octobre, contre 466 en 2008, selon le pointage annuel du magazine spécialisé Livres Hebdo. Le nombre de premiers romans est également en retrait, avec 87 titres contre 91 l'an dernier. Déjà sensible en 2008, le ralentissement de la production de la rentrée montre la prudence des éditeurs, désireux de mieux accompagner les ouvrages plutôt que de multiplier les parutions. Dix romans seulement, parmi lesquels les derniers Amélie Nothomb, Philip Roth ou Frédéric Beigbeder, seront ainsi tirés cette année à plus de 50 000 exemplaires, contre quinze en 2008.

Chez l'éditeur Grasset, on tente le tiercé gagnant en publiant des auteurs à succès sur le retour. Ainsi, Beigbeder revient avec « Un roman français », Micka Assayas, le critique rock, signe son retour avec « Solo » et Samuel Benchetrit nous offre « Le cœur en dehors ».

Albin Michel a choisi de sortir les valeurs sûres en proposant le dernier bébé d'Amélie Nothomb« Le voyage d'hiver », ou encore le nouveau Jean-Christophe Grangé, maître du suspens qui ne nous livre que le nom du livre à paraître « La forêt des Manes ».

À côté des monstres de la littérature, on retrouve pléthore de nouveaux auteurs, tout aussi prometteurs. Sacha Sperling, 18 ans, signe son premier roman « Mes illusions donnent sur la cour » (Fayard) ; Vincent Message nous offre un recueil de 700 pages intitulé « Les veilleurs » (Seuil) ; Amina Danton pourrait créer la surprise avec son roman « La tangente ». Qui aura le plus de succès ? Les paris sont ouverts…

Bref, la littérature ne manque pas de noms, ni d'imagination, et c'est avec plaisir que les libraires nous donnent rendez-vous en septembre !

L. D.



Tags : litterature

Catégorie : !60_News littéraires/2009/05

 Agnès Castiglione : «Avec Pierre Michon, cette vie minuscule devient littérairement majuscule»

9/7/2009


Agnès Castiglione : «Avec Pierre Michon, cette vie minuscule devient littérairement majuscule»

Entretien. Maître de conférences en littérature contemporaine à l’université de Saint-Etienne, Agnès Castiglione considère Pierre Michon comme l’un des plus grands écrivains de notre temps. Elle lui consacre aujourd’hui un essai, intitulé Pierre Michon, publié aux éditions Textuel, dans la collection Auteurs et complété d’un CD audio, de différentes illustrations et d’une anthologie de textes d’un auteur à « l’écriture absolu ».

Vous n’en êtes pas à votre premier livre sur Pierre Michon…
Le tout premier colloque international consacré à Pierre Michon eut lieu à l’université de Saint-Etienne en 2001. J’en ai publié les actes sous le titre, Pierre Michon, l’écriture absolu, aux éditions de l’université de Saint-Etienne. Puis, avec l’aide d’un jeune doctorant qui fait sa thèse sur Michon, nous avons renouvelé l’expérience lors d’une journée d’étude à l’université de Cergy-Pontoise. Cette deuxième publication, toujours dans la même édition, s’intitule Pierre Michon : naissance et renaissance.

Est-ce donc à partir de 2001 que l’oeuvre de Pierre Michon a commencé à être étudiée?
Pas tout à fait. Il y a d’abord eu le très grand critique, Jean-Pierre Richard, qui reste l’un des pionniers de l’étude consacrée à Pierre Michon. En 1990, il a écrit à son propos un bel article, «Servitude et grandeur du minuscule», dans L’État des choses. Études sur huit écrivains d’aujourd’hui (éditions Gallimard). Trois ans plus tard, est sorti aux éditions Verdier l’ouvrage, Compagnies de Pierre Michon, réunissant les contributions de plusieurs écrivains.

Qu’est-ce qui a déclenché votre intérêt pour cet écrivain?

Je me souviens avoir lu les Vies minuscules, il y a fort longtemps, dans un train qui me ramenait de Paris et de devoir me tourner devant la glace de la fenêtre parce que j’étais en larmes. Cela a été un choc émotionnel, un pur émerveillement. C’est une écriture qu’on n’oublie pas, à laquelle on adhère immédiatement. Elle nous rejoint dans des zones extrêmement profondes. J’avais l’impression d’entendre la voix rassurante du texte, comme si on lisait contre mon épaule. Cette rencontre a tout déclenché. J’ai commencé à en parler dans les colloques et, peu de temps après, je présentais, à Metz, ma toute première étude des Vies minuscules.

Pierre Michon a-t-il ouvert la voix à un nouveau mouvement dans la littérature contemporaine française?
Assurément. Après les avant-gardes, la mort de l’auteur et la fin du sujet, tout d’un coup voilà une voix qui s’affirme avançant «dans la jeunesse de mes prétentions» (première phrase des Vies minuscules). C’est une voix qui se dit jeune. Il y a un sujet qui entreprend son récit et qui, curieusement, remonte à la forme très ancienne de la biographie, socle de toute la littérature occidentale. On peut prendre en exemple les vies de peintres que Pierre Michon a inaugurées avec la Vie de Joseph Roulin, Maîtres et serviteurs ou Le Roi du bois. Dans la littérature contemporaine, le modèle de la vie a été particulièrement fécond après les Vies minuscules et a permis de relancer la littérature contemporaine. Le terme même de «vies minuscules», je le vois très souvent employé, non pas à propos de Pierre Michon, mais à propos de littérature, dans les critiques littéraires, dans Le Monde des livres aussi.

Le terme «vies minuscules» serait-il devenu un concept littéraire ?
Oui, en ce sens qu’il désigne des récits brefs, tendus. Des récits qui vont sélectionner ce que Barthes a appelé des biographèmes. C’est-à-dire, des instants forts, des moments de rupture, des sursauts, des rencontres, tout ce qui va amener à un raccourci d’intensité. Ainsi, cette vie minuscule devient littérairement majuscule: elle transfigure une existence nulle en lui donnant une assomption littéraire.

Comment étudier l’oeuvre d’un auteur vivant? Est-ce par la rencontre de l’autre? Par la lecture uniquement?
C’est avant tout par la lecture. La rencontre, elle, permet de savoir comment l’auteur travaille, les lectures qu’il peut avoir. Mais je crois que pour étudier une oeuvre, le texte seul suffit. Il fournit assez d’éléments biographiques. De toute façon, l’écrivain n’est pas le mieux placé pour commenter son travail. Jean Giono, à qui j’ai consacré ma thèse, a abondamment parlé de son oeuvre. Mais à chaque fois, c’était un autre roman.

La rencontre de l’écrivain n’apparaît donc pas majeure dans l’étude d’une oeuvre?

Non. Elle sert avant tout à reconstituer l’historique de l’oeuvre qui n’est pas forcément celui de l’édition. Surtout chez Pierre Michon qui vient de publier Les Onze aux éditions Verdier, alors qu’il l’avait commencé 15 ans auparavant. Il n’y a pas de synchronie entre l’écriture et la publication. Les nombreux entretiens qu’il a donnés suite à la publication de ses ouvrages restent toutefois très éclairants. A la fois parce que Michon donne, sur la littérature en général et les grands auteurs qu’il connaît parfaitement bien, un avis vaste, ample et en même temps très précis. Et aussi parce qu’il montre que, dans son oeuvre, tous les aspects sont liés. On comprend, entre autres, qu’il a mis les onze membres du comité du Salut public dans un ordre bien précis. Cet ordre «michonien» est important à savoir parce qu’il entend une scansion, une prosodie, des retours de voyelles, de consommes.

En parlant d’entretiens… Dans votre livre, vous avez glissé un CD audio réunissant les entretiens entre Pierre Michon et Colette Fellous, lors de l’émission «A voix nue», diffusée sur France culture du 25 au 29 juillet 2002. Pourquoi avoir choisi ceux-là plutôt que d’autres?
Parce que c’est un entretien beaucoup plus autobiographique que les autres, qui sont plus littéraires. Là, il parle de l’endroit où il est né, de son enfance, de l’école, des gens qu’il a connus, de tout ce lieu qui est lié aux Vies minuscules. Ces entretiens sont plus «incarnés».

Il y a aussi des illustrations à la fin, des photos de voyage, des portraits, des peintures et des manuscrits. Est-ce une volonté de rendre accessible une oeuvre «pas facile», pour reprendre vos termes?
La vocation des éditions Cultures France est de diffuser, à l’extérieur de nos frontières, l’oeuvre d’écrivains majeurs de la littérature française contemporaine. Leur parti pris est de proposer à un public cultivé une présentation très sérieuse mais pas techniciste. Autrement dit, d’éveiller le désir de lire et d’aimer l’oeuvre. Il s’agit donc de la présenter, sans en gommer les aspérités, sans la vulgariser.

Dans votre essai, vous faîtes un rapprochement entre Beckett et Michon à propos de ce que vous appelez «le portrait double». Michon s’inscrit-il, d’une certaine manière, dans la ligne de Beckett?
Il y a des effets d’échos constants entre leurs deux oeuvres. Michon a consacré un texte à Samuel Beckett dans Corps du roi, et plus jeune, il avait joué En attendant Godot, sur la scène du théâtre. Mais si j’ai fait allusion au «portrait double», qui se manifeste chez Beckett dans la paire que forme ce couple de clochards, c’est pour montrer que l’art de la biographie propre à Pierre Michon est lui-même un portrait double. En portraiturant quelqu’un d’autre, c’est aussi soi qu’on dépeint. Ainsi, la biographie est très souvent une autobiographie oblique, comme le dit Jean-Pierre Richard.

Pierre Michon refuse l’appellation de «roman» pour désigner ses écrits.
Oui. Il a souvent marqué des distances à l’égard du roman. Il lui reproche ses longueurs, ses remplissages dans lesquels se perd en chemin le potentiel énergique de la prose. Il a arrêté La Grande Beune car il aurait fallu introduire la fornication, le meurtre, des rebondissements de toutes sortes pour traduire la puissance du désir de ce jeune homme, amoureux d’une belle buraliste. La brièveté est pour lui un gage de maintenir intact d’un bout à l’autre du texte la force émotionnelle et cette jouissance d’écrire. Le module de Pierre Michon est indubitablement le récit bref et son oeuvre, une succession de récits biographiques, et parfois même ouvertement autobiographiques, notamment quand il parle de la mort de sa mère dans Corps du roi.



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Catégorie : !60_News littéraires/2009/06

 Une femme d'exception

9/7/2009
http://www.jeuneafrique.com/Article/ARTJAJA2527p096-097.xml0/-USA-racisme-segregation-roman-Une-femme-d-exception.html
24/06/2009 12:04:32 - Jeune Afrique- Par : Tirthankar Chanda -

Une femme d'exception

L'écrivaine Toni Morrison, lors de son passage à Paris, en mai dernierL'écrivaine Toni Morrison, lors de son passage à Paris, en mai dernier© Jacques Torregano/Jeune Afrique

Première Africaine-Américaine à obtenir le prix Nobel en 1993, Toni Morrison est l’une des voix majeures de la littérature contemporaine. Elle publie son neuvième roman, Un don, une fresque poétique et déchirante sur l’origine du racisme et de la ségrégation aux États-Unis.

Auteure de romans, de pièces de théâtre, d’une comédie musicale, de recueils de poésie et d’essais littéraires, Toni Morrison a raflé quelques-unes des récompenses les plus prestigieuses : le National Book Critics Award en 1973, le prix Pulitzer en 1988 et le prix Nobel de littérature en 1993. Succès d’estime, mais aussi de librairie, car les récits puissants et poétiques de cette grande dame de 78 ans figurent dans la liste des best-sellers mondiaux. Ils perpétuent la tradition littéraire africaine-américaine née il y a deux siècles avec les premiers récits d’esclaves fugitifs.

De passage en France pour le lancement de la traduction de son neuvième roman, Un don (voir encadré), elle a sillonné l’Hexagone à la rencontre de ses lecteurs, qui se souviendront de ses éclats de rire. Des rires nerveux et exubérants de jeune fille, laissant entrevoir derrière son visage de chanteuse de gospel encadré de dreadlocks l’enfant turbulente qu’elle a été.

Née Chloe Anthony Wofford en 1931, elle est la deuxième fille d’une famille de quatre enfants. Toni, diminutif de son second prénom, formera avec le nom de famille de son mari sa signature. De son enfance modeste dans la ville industrielle de Lorain, dans l’Ohio, où son père travaillait comme ouvrier-soudeur, Toni-Chloe garde en mémoire l’omni­présence de la musique. « Toute la journée, notre maison résonnait des chansons que fredonnait ma mère. Elle chantait des airs de l’opéra, les arias de Carmen, le jazz, Ella Fitzgerald et, surtout, l’Ave Maria avec cette voix riche de soprano qui, chaque fois que je l’entendais, réjouissait mon cœur. » Comment s’étonner alors que ses récits se muent en de véritables partitions de musique où les voix se croisent, s’opposent, avant d’exploser en un final symphonique, emplies de rage et de douleur.

Ses romans doivent beaucoup également au folklore noir du sud des États-Unis, transmis aux enfants Wofford par les parents et les grands-parents nostalgiques du Sud qu’ils avaient fui pour échapper au racisme. Aujourd’hui encore, la romancière se souvient des soirées en famille pendant lesquelles les adultes racontaient des histoires de revenants et les plus jeunes leurs aspirations. La petite Chloe se rêve danseuse. Mais ses parents l’orientent rapidement vers les études et l’enseignement. 

Solidarité féminine

Première femme de la famille à aller à l’université, elle se spécialise en littérature anglaise et rédige une thèse de doctorat sur le suicide dans les œuvres de Virginia Woolf et de William Faulkner. Diplômée de l’université de Cornell et de Harvard, elle fait carrière dans l’enseignement, avant de devenir directrice de publication chez Random House. Ce n’est que tardivement que la future Nobel vient à l’écriture. Un refuge après l’effondrement de son bref mariage avec le père de ses deux fils, l’aboutissement d’une quête de soi en tant que femme noire évoluant dans une société américaine, patriarcale et ségrégationniste. « J’ai commencé à écrire en 1965, au moment de la lutte pour les droits civiques, car un énorme changement se produisait dans les relations entre Noirs et Blancs, explique-t-elle. Je voulais rappeler ce qu’était la vie avant l’acquisition des droits civiques. Je voulais également montrer à quel point les femmes, en particulier, avaient été meurtries. »

Son premier roman, L’Œil le plus bleu, est publié en 1970. Il met en scène la tragédie d’une jeune fille noire qui vit mal sa négritude et prie pour avoir des yeux bleus dans l’espoir d’être aimée. Malgré sa narration moderniste, ce premier roman passe quasi inaperçu. En 1973, Sula ravit les féministes qui voient dans l’amitié décrite entre deux femmes noires une illustration de leurs discours sur la solidarité féminine. Toni Morrison connaîtra le succès avec son troisième roman, Le Chant de Salomon (1977), une chronique familiale dans la veine de Racines, d’Alex Haley. Mais surtout avec Beloved (1987), récit dramatique d’une mère qui tue son bébé pour lui épargner une vie d’esclave. 

Un million d’exemplaires

Prix Pulitzer, Beloved est devenu un classique de la littérature américaine et s’est vendu à plus d’un million d’exemplaires dans le monde. Jazz (1992), Paradis (1999) et Love (2003), récits à travers lesquels Morrison poursuit son exploration de l’univers africain-américain, ont amplifié la légende de cette écrivaine qui restitue avec talent et empathie les voix et les résistances des hommes et des femmes trop longtemps marginalisés.

Toutefois, la vision du destin noir qui se dégage de ces romans est tout sauf tragique car leur auteure connaît trop bien la profonde humanité, la créativité, l’humour et la résilience des Africains-Américains pour les reléguer au simple rôle de victimes sacrificielles. L’arrivée à la Maison Blanche d’un président noir pour lequel elle a mené activement campagne justifie l’espoir et l’optimisme qui sous-tendent ses récits. Beaucoup pensent qu’ils ont préparé l’entrée de l’Amérique dans le postracisme. « Je n’aime pas trop les mots en “isme” mais, déclare Toni Morrison dans un éclat de rire, je crois que quelque chose a bel et bien changé avec cette élection. »



Tags : litterature

Catégorie : !60_News littéraires/2009/10

 OSLO/LITTERATURE – Portrait de Per Petterson par son traducteur

9/7/2009

OSLO/LITTERATURE – Portrait de Per Petterson par son traducteur

Per Petterson est considéré par de nombreux critiques et amateurs de littérature nordique comme l’un des auteurs contemporains norvégiens les plus marquants. Pas facile de voler des chevaux, paru en Norvège en 2003, lui a valu une renommée et un succès internationaux. Terje Sindling, son traducteur, nous parle de ses œuvres

Selon Terje Sindling : "cette manière de retravailler un langage populaire pour en faire une langue hautement littéraire est peut-être ce qui le distingue le plus" - photo : Finn Ståle Felberg

Per Petterson est l’un des écrivains norvégiens les plus traduits du moment. Il s’est vu décerner il y a quelques semaines le Grand Prix littéraire du Conseil nordique pour son dernier ouvrage Jeg forbanner tidens elv. Né en 1952 à Oslo, il s’est fait connaître à l’âge de 35 ans avec la publication d’un recueil de nouvelles Aske i munnen, sand i skoa. Il a depuis publié six romans et obtenu de nombreux prix. Son œuvre la plus connue est Pas facile de voler des chevaux qui, en 2007, a été classée par le New York Times parmi les dix meilleurs livres de l’année.

Per Petterson a grandi dans un milieu ouvrier. Dans une interview accordée en janvier dernier au quotidien britannique The Guardian, l’homme confiait avoir découvert à l’âge de 18 ans sa vocation d’écrivain : « J’ai décidé que si je ne pouvais pas être écrivain ma vie serait misérable. Je m’étais construit une pièce imaginaire faite de références aux livres que j’avais lus. Une sorte de bulle dans laquelle je vivais». Il lui faudra plusieurs années (période pendant laquelle il travaille notamment comme libraire) pour achever une première œuvre et oser la proposer à un éditeur. Le temps nécessaire pour trouver son style et créer son propre univers. La famille y tient une place importante.

Pour mieux connaître cet auteur, nous avons interviewé son traducteur Terje Sindling. Il vient de terminer la traduction de Maudit soit le fleuve du temps (Jeg forbanner tidens elv), qui paraîtra aux éditions Gallimard début 2010. C’est son quatrième voyage dans l’œuvre de Petterson après Jusqu’en Sibérie (Til Sibir), Dans le sillage (I Kjølvannet) et Pas facile de voler des chevaux (Ut og stjæle hester).

Comment avez-vous "découvert" Per Petterson ?
En 2001, j’ai été contacté par le directeur des éditions Circé, Claude Lutz, avec qui j’avais déjà travaillé. Lutz est un grand découvreur et il s’intéresse beaucoup à la littérature nordique (j’ai traduit pour lui des romans de Jon Fosse, Peer Hultberg et Kirsten Thorup). Il avait entendu parler de Jusqu’en Sibérie et il m’a demandé de le lire et de lui faire une fiche de lecture. J’ai rédigé un rapport enthousiaste et il m’a confié la traduction du roman.

Comment qualifieriez-vous son style, sa langue ?
Quand on lit les romans de Petterson, on est d’abord frappé par l’oralité de sa langue, d’autant qu’il utilise volontiers des tournures et des formes grammaticales empruntées au langage parlé dans les quartiers populaires de l’est d’Oslo. Mais on s’aperçoit rapidement qu’il s’agit d’une oralité entièrement reconstituée par des moyens littéraires. L’écriture de Petterson est extrêmement travaillée, il a souvent recours à des allitérations et à toutes sortes de figures rhétoriques et ses textes fourmillent de références culturelles. Selon moi, cette manière de retravailler un langage populaire pour en faire une langue hautement littéraire est peut-être ce qui le distingue le plus.

Quelle place lui donnez-vous dans la littérature norvégienne ?
Par sa thématique, on peut évidemment rattacher l’œuvre de Petterson à une longue tradition norvégienne (et plus largement nordique). Comme beaucoup d’écrivains nordiques, il s’intéresse aux difficultés des relations familiales et ses livres sur Arvid Jansson (ndlr : personnage récurrent dans l'œuvre de Petterson) peuvent se lire comme une sorte de Bildungsroman, genre très prisé par les auteurs de l’Europe du nord. Mais Petterson est aussi très proche de certains auteurs d’Amérique du nord – je pense notamment à Cormack McCarthy et à Alice Munro. Comme eux, c’est un écrivain très visuel – ses évocations de paysages en sont la preuve. Et comme eux, il préfère montrer plutôt qu’analyser.

Traduire les mots, la musique de Per Petterson en français comporte-t-il des difficultés particulières ?
Pour un traducteur, un des problèmes que pose l’œuvre de Petterson est évidemment lié à cette « oralité » très travaillée dont j’ai déjà parlé. Je pense qu’il faut à tout prix résister à la tentation de recourir à certains tics couramment utilisés pour faire « langage parlé », comme les élisions. On doit retrouver en français la tenue littéraire de son écriture. Autre problème : ses phrases très longues, pleines d’incises et souvent reliées par des conjonctions. Là, on est parfois obligé d’aménager différemment le texte. Le français est une langue merveilleusement souple, mais qui manque un peu de relief ; la musique du norvégien est beaucoup plus contrastée. En français, une longue succession de phrases reliées par des « et » peut vite devenir monotone et il arrive qu’on soit amené à introduire des coupures.

Thierry GUENIN (www.lepetitjournal.com - Oslo) - jeudi 18 juin 2009

Tags : litterature

Catégorie : !60_News littéraires/2009/11

 Respectons un peu l’écrivain, bon sang Par Pierre Jourde (Écrivain)

9/7/2009
http://bibliobs.nouvelobs.com/blog/pierre-jourde/20090707/13658/respectons-un-peu-l-ecrivain-bon-sang

Respectons un peu l’écrivain, bon sang

Par Pierre Jourde (Écrivain)


Par Pierre Jourde (Écrivain)

Je pensais, naïvement, naguère, que seuls les journalistes supportaient mal que l'on ironise sur les écrivains. A celui qui se risque à quelques lazzis sur tel romancier surévalué ou tel journaliste littéraire peu regardant sur la déontologie, on présente vite la note à payer. La critique vache est toujours considérée comme salissante. Ce n'est pas honorable, et très mauvais pour votre réputation. (Du moins sur papier. Sur internet, on se lâche un peu plus, depuis quelques années. Il suffit de comparer la critique littéraire d'un journal dans sa version papier et dans sa version internet.) J'étais outrageusement optimiste en limitant au milieu littéraire cette crainte obsessionnelle de susciter des remous, ce goût de la respectabilité, cette révérence. Beaucoup de lecteurs aussi détestent que l'on dise du mal des écrivains, je m'en aperçois en lisant les réactions aux quelques piques risquées ici ou là par Jérôme Garcin, Didier Jacob et quelques autres.

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Les arguments qu'on leur oppose immanquablement, je les connais par expérience. Tentons d'en résumer la teneur. Je passerai rapidement sur les accusations de populisme, de fascisme (si, si) ou de sexisme, lorsque l'auteur concerné est une femme. Mot clé, désormais obligatoire lorsqu'on évoque la critique : réactionnaire.  Il est bien évident, en effet, que critiquer le moindre aspect du moindre artiste ou écrivain contemporain, c'est détester la création contemporaine, toute la création contemporaine, donc c'est être un affreux réactionnaire (c'est Michel Abescat, de Télérama, qui me l'a expliqué naguère, et ça doit donc bien être vrai).

Non moins classique, voire éternel : si vous critiquez untel, c'est rien que parce que vous êtes un affreux jaloux. Et toc. Rien à dire, impeccable raisonnement, argument écrasant. Variante : vous voulez prendre la place de Truc, vous voulez vous faire connaître sur le dos de Machin, vous voulez vous venger de votre insuccès, de votre obscurité, etc. mot-clé : aigreur. Employé environ 38750 fois dans des articles de presse rendant compte d'un ouvrage critique irrespectueux, et encore plus par de braves lecteurs sur internet. (Je renvoie notamment à ce site). Donc, silence dans les rangs. Celui qui l'ouvre est un facho doublé d'un envieux.

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Et puis, n'est-ce pas, pourquoi parler des mauvais livres ? Gardons la place pour les bons ! Soyons enthousiastes ! C'est trop facile, la méchanceté ! Grâce à cet excellent raisonnement, les journaux littéraires parlent tous, à chaque rentrée littéraire, des trois mêmes écrivains, lesquels ne sont pas forcément les meilleurs, loin de là. Grâce à cet excellent raisonnement, la critique n'offre plus aucune résistance à la puissance de l'industrie lourde éditoriale, qui impose ses produits formatés au lectorat. Grâce à cet excellent raisonnement, la promotion a presque définitivement pris la place du débat littéraire, et la controverse esthétique, qui a toujours été un élément déterminant de la vie littéraire, est marginalisée. Laissez-nous vendre en paix, laissez-nous bourrer le cerveau humain avec de la guimauve, et ferme ta gueule, critique.

Lorsqu'on dépasse ce premier niveau, on tombe sur des gens qui acceptent à peu près la critique, mais avec des conditions. Ces conditions varient selon les goûts. Chacune d'entre elles vous autorise à critiquer tout sauf quelque chose. Si on les accepte toutes à la fois, on en revient à la case précédente : on ne peut plus rien critiquer. La critique vache, admettons, mais quand même pas à propos de X, de Y ou de Z, qui ne le mérite pas, lui. Bon, d'accord. La critique vache, admettons, mais pas n'importe où. Sur papier c'est bien, à la télévision c'est honteux. Bon, d'accord. La critique vache, admettons, mais il ne faut pas qu'elle fasse rire, sinon c'est démagogique, et c'est incompatible avec une approche sérieuse. Bon, d'accord. La critique vache, admettons, mais une fois, pas deux, sinon c'est exploiter le filon. Bon, d'accord. La critique vache, admettons, sur les écrivains très connus, c'est bien, sur les écrivains peu connus, c'est méchant, c'est lâche. Bon, d'accord.

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D'ailleurs l'inverse est vrai aussi. La critique vache, admettons, mais pas sur les écrivains très connus, c'est de l'envie (voir plus haut), ou c'est inutile. Pour certains, toute critique adressée aux livres des Musso, Levy, Gavalda et consorts est nulle et non avenue. Pourquoi ? Parce que « tout le monde sait que ce ne sont pas des écrivains ». En d'autres termes, il faudrait critiquer les vrais écrivains, et pas ceux qui n'en sont pas. Intéressant.

Résumons la situation. Musso et Levy, pour ne nous occuper que des deux clones, vendent des millions d'exemplaires. Pour des millions de personnes, un écrivain, c'est ça. En outre, on ne cesse de parler d'eux, dans les médias qui ont le plus d'impact, notamment les journaux féminins. La publicité et la mise en place de leurs ouvrages écrasent les productions plus confidentielles. Même les magazines spécialisés, comme Lire, ou des critiques aussi fins que Josyane Savigneau, finissent par les trouver très bien. Et en face de tout ça, pour éventuellement donner un autre avis ? Eh bien, de préférence, rien. Mieux vaut ne rien dire. Pour les quelques esprits éclairés, Marc Levy, ce n'est pas de la littérature, tout le monde le sait, voyons. Et pour les millions qui le lisent ? Eh bien, inutile de tenter d'expliquer en quoi ce pourrait ne pas en être. C'est ça, les respecter.

Car il faut respecter. Le voilà, le vrai mot-clé, la clavis universalis du monde moderne. C'est mon choix, respectez-moi, si vous êtes d'un autre avis et que vous le dites, vous n'êtes pas respectueux. Le respect est le fin mot d'une société où tout et n'importe quoi, en effet, est respectable, où chacun la ferme, où nous vivons dans une sorte de révérence universelle, de consensus béat, tout est bel et bon, et des goûts et des couleurs, pas la peine de discuter ; grâce à cela, les plus forts sont sûrs de gagner, et l'industrie de la sous-culture s'est débarrassée des gêneurs.

Marc_Levy_coffret.jpg

Respect : telle est la substance d'une intervention récente du sympathique Graindesables(?) sur une critique de Marc Levy rédigée par Grégoire Leménager. Comme il se trouve que j'ai moi-même eu le mauvais goût d'analyser de près la prose de Marc Levy, j'ai entendu et lu ce même argument, avec ses variantes, des dizaines de fois. Tentons d'en préciser la teneur. Mais laissons d'abord la parole à Graindesables (j'ai cru bon de conserver la pittoresque fantaisie orthographique de cet abonné au commentaire) :

« Vous êtes bien sévère avec Marc Levy. [...] Le tout est qu'un certain public, qu'il conviendrait de ne jamais rabaisser mais au contraire de respecter, y voit une oeuvre frémissante qui n'a pas à être portée à ébullition pour lui plaire. [???]
Des petites histoires en somme mais qui ont le mérite de faire lire. J'aime bien l'idée de "faire lire". Car à force de lire, on apprend à distinguer le bon grain de l'ivraie, on trouve son chemin, on ne passe pas le temps devant sa télévision. [...] J'ai bien commencé par Pagnol et Jules Vernes...
[sic] Le droit de critiquer les livres doit aussi s'accompagner du droit à la compréhension du lecteur amouraché [?] de l'écriture de Levy. Et puis, votre intervention lui donne encore une fois une bonne publicité. Je préfèrerais que vous nous parliez de bons livres et que vous nous en fassiez partager toute l'éclatante nécessité d'une lecture. Je n'achète pas Levy, en lire trois pages m'a suffit [sic], à l'instar d'un Musso ou d'une Gavalda. Mais je les respecte car je respecte leur public.»

On a, dans ce texte qu'il faudrait graver dans le marbre, une sorte de condensé de tout ce qu'on lit et entend un peu partout sur l'inutilité qu'il y aurait à critiquer un mauvais écrivain. On aura reconnu le fameux « pourquoi perdre son temps à parler des mauvais quand il faudrait parler des bons ? ». Mais tenons-nous en au principal. Donc, ça n'est pas bien de se moquer de « l'œuvre frémissante » de Marc Levy, parce que ce n'est pas respecter les gens qui l'aiment. Il y a quelques années, j'avais déjà entendu cette même idée dans la bouche de la gentille Patricia Martin, au cours de l'émission Le Masque et la plume : se moquer d'un écrivain populaire, c'est mépriser les milliers de gens qui le lisent. A l'époque, l'idée m'avait frappé par sa pertinence. En gros, l'idée est la suivante : si un certain nombre de personnes aiment quelque chose, ne nous moquons pas de ce quelque chose, car leur choix est respectable. On peut facilement l'étendre : si des milliers de gens regardent Cauet ou le Loft, ne critiquons pas ces émissions, car ce serait mépriser leur public. Si des millions de gens votent Berlusconi, ne critiquons pas Berlusconi, car ce serait un manque de respect pour les braves Italiens qui l'aiment. Si des milliards de musulmans révèrent Mahomet, pas de caricatures de Mahomet, car c'est du mépris de l'Islam, etc, etc.

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Voilà ce que produit notre société du respect universel. Il ne viendrait pas à l'idée des tenants du respect universel qu'il y a une différence entre critiquer un homme, une idée ou un objet, et critiquer ceux qui l'apprécient. Si un ami me dit qu'il a trouvé stupide un film que j'adore, ce n'est pas pour autant qu'il me méprise. Il ne viendrait pas à l'idée des tenants du respect universel que respecter les gens, c'est les croire capables de s'ouvrir au débat, voire à l'humour et à l'ironie, sans se crisper sur « c'est mon choix, respectez-le ». Que ne pas les respecter, c'est précisément les considérer comme des braves imbéciles à qui on va faire avaler n'importe quoi, notamment une littérature formatée, insipide, bébête. Que le règne de la promotion universelle ne respecte qu'une chose, l'argent.

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Il y a une bonne littérature populaire, c'est vrai, et elle est respectable. Jules Verne (sans s), Alexandre Dumas, Arnaldur Indridasson, Pennac, Fred Vargas, voire Amélie Nothomb quand elle est en forme, allez, c'est de la bonne littérature populaire, et qui peut constituer une passerelle vers des textes plus ambitieux, comme le souhaite Graindesables. Mais pas Levy, ni Musso, et il faut bien que de temps à autre on explique pourquoi. Parce que, par exemple, dès la première ligne d'un Levy, on frémit, en effet. Moins à cause du côté « frémissant » de l'œuvre, que parce qu'on tombe tout de suite sur les descriptions les plus convenues, les formules les plus stéréotypées. Parce que c'est de l'esthétique Harlequin, du factice pur jus, avec de bonnes grosses louches de prévisible, de sentimentalité gluante, avec des personnages de série Z américaine dans des décors de carton-pâte. On a l'impression de l'exercice péniblement produit par un participant à l'atelier « j'apprends à faire de jolies phrases qui font bien romanesque ».

Ce genre de produit n'est en rien une introduction à la littérature, il déforme le goût de gens qui pourraient avec profit lire de bons textes tout aussi faciles d'accès, mais moins ridiculement faits. Et puis, que pèse une malheureuse petite critique contre les centaines de milliers de volumes entassés en librairie, les deux pages dans Elle, les publicités ? Même un infime espace de respiration critique, c'est encore trop. Si vous vous y risquez, vous serez méprisé par les grands esprits, qui ne s'abaissent pas à ces besognes salissantes, et par le bon peuple, qui vous accusera de jalouser son idole et ne pas respecter ses goûts. Eh bien tant pis. La critique n'a pas d'objet de prédilection, et le chiffre des ventes ne la concerne pas vraiment. La tiédeur et la prudence sont rarement des signes d'amour. Notre époque préfère le respect à la passion.

***

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Heureusement, il en reste quelques-uns pour considérer encore que la critique est aussi un combat, en dépit des respectueux et des respectables. Ainsi, François Taillandier vient dernièrement de se plonger dans Musso. Il a du courage :

« Ça y est, je l'ai fait : j'ai acheté Que serais-je sans toi?, le dernier roman de Gustave Musso,  [...] Ce que j'avais fait pour Atiq Rahimi (le prosateur pour qui les bombes explosent « violemment »), ne me devais-je pas de le faire pour lui ?

Alors, pour commencer, il y a un gros cœur rouge sur la couverture. Et ça, il faut le faire. Moi, je n'aurais pas osé. Lui, si.  [...] Ensuite on retourne le bouquin et on voit la photo de Gaston Musso. Et là, on comprend beaucoup de choses. Il a une bonne tête. C'est le gars qu'on a vu vingt fois chez Darty ou chez Renault, qui vous dit : «Pas de souci», qui vous dit : «Je vous laisse pianoter votre code», et pour finir : «Excellente soirée à vous». D'ailleurs, à la fin de son livre, il adresse un petit mot de remerciement aux lecteurs, qu'il signe de son prénom. C'est en somme un auteur de proximité.

L'histoire vaut ce qu'elle vaut. C'est une fille déchirée entre son papa (qui est un voleur) et le garçon qu'elle aime (qui est un gendarme). Enfin, c'est le thème annoncé, parce que dans l'exécution, finalement, il ne joue pas tellement là-dessus. Ce qui n'est pas grave, puisque à ce stade, le livre a déjà été acheté.

Au début, on est à Paris. Le Louvre ayant été préempté par Dan Brown, Gontrand Musso s'est rabattu sur le Musée d'Orsay. Sinon, ça donnerait l'impression qu'il a copié. Pour le reste, c'est intéressant, parce qu'il dépeint Paris exactement comme le dépeindrait Dan Brown. Ou plus précisément: comme le dépeindrait un touriste américain. Ou mieux encore : comme on peut le dépeindre si l'on n'y a jamais mis les pieds, et qu'on se contente d'internet. Son personnage passe-t-il près du Pont Neuf ? Il vous indique, l'air de rien, au détour d'une phrase, que c'est le plus ancien pont de Paris. Remonte-t-il le boulevard Raspail ? Station devant la statue de Balzac « qui a l'air fantomatique ». Le voleur s'enfuit en Vélib', comme un vrai bobo, avec l'autoportrait de Van Gogh sous le bras.

Pour l'essentiel, c'est une histoire d'amour (d'où le cœur sur la couverture, et le titre emprunté à Louis Aragon via Jean Ferrat). Et alors là par contre, «c'est du lourd», comme dit Abdelmalik. On a affaire à un amour «rare, profond, passionné». Rien à voir, lecteur, avec les plans foireux et les coucheries calamiteuses qui vous tiennent lieu de vie sentimentale. Gaétan Musso n'hésite pas à écrire une réplique telle que : « Tu m'as brisé le cœur, Gabrielle ! » Là non plus, je n'aurais pas osé. Surtout qu'on a ensuite : « Elle pleura toutes les larmes de son corps. » Je l'ai toujours dit : ce qui compte dans l'écriture, c'est l'audace !



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Catégorie : !60_News littéraires/2009/05
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