
Le romancier Guillaume Musso ©JM. Perier
Le Point : L'addiction amoureuse, c'est le thème de votre dernier livre ?
Guillaume Musso :
Oui, tous mes personnages sont malades d'amour. Martin ne se remet pas
de son premier amour, Archibald n'accepte pas la mort de sa femme, et
même l'adolescente, à la fin, tente de se tuer par amour. Et tous les
personnages que croise Martin, la prostituée, la Coréenne, ils portent
tous en eux cette contamination. C'est vraiment le thème souterrain du
livre, celui autour duquel l'histoire est bâtie.
Le Point : On trouve souvent dans vos livres la question du destin, vous y croyez, vous, au destin ?
Guillaume Musso :
Non je ne crois pas forcément au destin. Mais regardez,
Harry Potter
est un livre d'initiation dans lequel la magie n'est que l'emballage.
On ne demande pas à J. K. Rowling si elle croit en la magie. Idem pour Twilight . Les vampires sont une métaphore du désir, du
sexe. Stephenie Meyer ne croit sans doute pas aux vampires, pas plus
que J.K. Rowling à la sorcellerie et je n'ai pas, pour ma part, de
croyance ésotérique. Mais la lutte implacable de l'homme contre son
destin, pour un romancier, c'est la base de pas mal de situations
dramatiques.
Le Point : Ce n'est alors que le ressort dramatique ?
Guillaume Musso :
Mon métier de romancier c'est de trouver des situations dramatiques
pour parler de thèmes plus profonds qu'il n'y paraît. C'est une porte
d'entrée ludique vers un contenu plus profond.
Le Point : Mais entretenir des lecteurs adultes dans le ludique et le facile, n'est-ce pas les infantiliser ?
Guillaume Musso :
Ma mère m'a appris à ne pas être sectaire. À passer de Dostoïevski à
Agatha Christie, d'un restaurant gastronomique au McDonald's. On peut
trouver mes romans faciles, mais je pense que les thèmes traités ne le
sont pas forcément. Je parle du deuil, des conduites addictives, de la
vieillesse. Truffaut voulait "faire des films qui divertissent tout en
élevant". Moi je voudrais faire des livres à cette image.
Le Point : Votre dernier roman traite du premier amour, le vôtre a été marquant ?
Guillaume Musso :
Oui... Il n'est pas très éloigné de ce que vit Martin dans mon roman.
Il y a de moi dans tous les romans, mais à petite dose.
Le Point : Comment s'appelait-il, votre premier amour ?
Guillaume Musso :
Amandine.
Le Point : L'amour est un moteur puissant de vos livres.
Guillaume Musso :
Oui, bien sûr, l'amour ! Je ne pourrais pas écrire un roman sans
histoire d'amour. J'aime l'amour avec les dangers que cela comporte,
comme dans mon livre préféré, c'est Les Hauts de Hurlevent
, avec cette passion tourmentée...
Le Point : Parce que l'amour sans tourments, c'est ennuyeux ?
Guillaume Musso :
Les gens heureux n'ont pas d'histoire.
Le
Point : Les personnages de votre roman sont malades d'amour et
effectivement tourmentés, pourtant, ça finit plutôt bien pour tout le
monde. Est-ce qu'il faut en déduire que la vie devient forcément
ennuyeuse ensuite ?
Guillaume Musso : Il
est vrai que la fin de ce roman est plus apaisée que le précédent. Mais
ce n'est pas une happy-end bêtasse. Il y en a qui partent, d'autres qui
restent. J'avais envie d'écrire un livre dont on tirerait du réconfort.
Partir du noir pour aller vers la lumière, plutôt que le contraire.
Le Point : Est-ce que ça existe, selon vous, une fin heureuse en amour ?
Guillaume Musso :
Je n'en sais rien. On a des exemples autour de nous d'amours qui durent
plus ou moins longtemps... Mais j'avais envie de terminer le roman sur
un couple qui essaye quand même de construire quelque chose. Ils ont 35
ans, pas d'enfants ; ils sont jeunes mais c'est le moment ou jamais de
croire en l'amour.
Le Point :
Est-ce que cela vous freine dans l'écriture d'entendre que l'on parle
de vos livres en termes de "littérature fast-food", ou de "hall de
gare" ?
Guillaume Musso : La critique
actuelle qui dit que certains best-sellers sont de la littérature de
consolation me paraît bien dérisoire. On ne choisit pas les livres que
l'on écrit. On les écrit quand on peut.
Le Point : Qu'est-ce qui est le plus gratifiant dans votre métier d'écrivain ?
Guillaume Musso :
Voir quelqu'un lire mes romans. Je suis complètement tourné vers le
lecteur. Je ne suis pas en quête d'un bon article. Je suis le fruit du
bouche-à-oreille, je reçois des milliers de courriers de lecteurs du
monde entier. Et puis, ça m'intéresse aussi d'écouter les gens, leurs
histoires. Ce sont même parfois des débuts potentiels de romans.
Le Point : C'est cela, cette relation "étrange et belle" avec vos lecteurs que vous mentionnez à la fin du livre ?
Guillaume Musso :
Oui, j'ai lu des dizaines d'articles sur la soi-disant "mécanique
Musso". À chaque fois, c'est atterrant. Il vaudrait mieux écouter les
gens qui aiment mes romans.
Le Point : Et que disent-ils ?
Guillaume Musso :
Qu'ils aiment la façon dont je construis mes personnages : avec leurs failles.
Le Point : Vous avez le trac, à la veille de la sortie d'un livre ? Est-ce que vous redoutez de faire un flop ?
Guillaume Musso :
J'ai un peu le trac parce que je sais que je suis très attendu. Mais
j'accepte que l'on n'aime pas mes romans. En revanche, si je recevais
des centaines de courriers de lecteurs déçus, ce serait extrêmement
décevant pour moi. C'est comme offrir un cadeau à la personne que l'on
aime, on passe du temps à choisir, on espère faire plaisir. Or je
serais déçu d'offrir quelque chose qui ne plaise pas. Ce serait une
déception, oui, quelque chose de très primaire.
Le Point : Vous envisagez d'arrêter d'écrire ?
Guillaume Musso :
Oui, à chaque fois que je finis un roman. Ce livre est peut-être le
dernier. Parce que la vie est fragile, parce que l'on peut perdre la
vie, comme perdre l'envie. Écrire est la chose que je préfère et la
chose la plus douloureuse au monde. Mais si un jour, comme en amour, je
n'en ai plus envie, je n'écrirai plus.
Que serais-je sans toi ?
(Éditions XO, 300 pages, 19,90 euros).
Je reviens te chercher,
(Ed. Pocket, 410 pages, 6,90 euros).