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Gabon, Auteur Victor OJEDA | Bloguez.com
Gabon : Indice de développement ministériel le plus élévé au Monde par precheur | ||||||||||||||||||||
Gabon : Tierno Monenembo, “tous les engagements se sont embourbés” |
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L’auteur guinéen Tierno Monenembo, Grand Prix Renaudot 2008 avec «Le
Roi de Kahel», était en séjour à Libreville du 27 mars au 3 avril , où
il a présenté son œuvre au public gabonais et rencontré les
personnalités politiques et scientifiques de l’éducation et de la
culture. Très engagé, la production de cet auteur de neuf romans trace
l’itinéraire d’un africain sevré de sa patrie et jeté sur la route d’un
exil douloureux. Dans cette interview, l’auteur revient avec
détachement sur la notion d’engagement chez les auteurs africains,
échoué sur l’autel du pouvoir. Il esquisse également la portée
thérapeutique de l’écriture, notamment dans le contexte de l’exil, et
évoque enfin les entraves structurelles à l’épanouissement de la
littérature en Afrique. |
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«C’est une question qu’il faut poser au jury, c’est le jury seul qui sait pourquoi il m’a donné le prix. Et c’est même difficile de poser cette question au jury parce que c’est un jury hétéroclite, c’est un vote où 10 personnes votent pour l’auteur de leur choix. En ce qui me concerne c’était très difficile puisque c’est au 11e tour que j’ai eu le prix, c’est qu’à priori il n’y avait pas une profession de foi définie. Ce n’est pas la première fois que je suis sur la liste du concours du prix Renaudot. J’ai déjà été sélectionné plusieurs fois pour plusieurs romans, et ce n’est pas non plus la première fois qu’un écrivain africain obtient le prix Renaudot, c’est la quatrième fois. Mais je suis le seul avoir créé ce type de personnage, celui d’un aventurier européen du 19e siècle qui vit en Afrique. Le prix Renaudot est fait pour célébrer un roman qui a plus ou moins plu à un jury donné. De toutes les catastrophes qui me sont arrivées dans la vie, c’est sans doute la plus supportable, non seulement c’est le couronnement d’un travail de 30 ans, mais aussi parce que cela confirme la présence incontestable de la littérature africaine sur la scène internationale. Il y a un mythe qu’il faut finir par casser au niveau des prix littéraires, c’est de croire que les gens célèbrent un romancier plutôt qu’un roman. Ces 50 dernières années, la vérité c’est qu’on a couronné plutôt un romancier, un travail de longue haleine, qu’une œuvre ponctuelle. Cela murmurait déjà depuis longtemps dans les jurys littéraires de Paris que je finirais un jour par avoir un grand prix. Amadou Kourouma c’était aussi le cas, bien avant qu’il n’ait le prix Renaudot. Quel est le message essentiel de cet ouvrage, et quelle est sa portée, à la fois sur le plan littéraire et historique ? Il n’y a pas de message, moi je n’ai pas de message. Les messages ont disparu dans les œuvres littéraires tout simplement parce que le rôle messianique de l’écrivain a disparu de lui-même. L’engagement aujourd’hui n’est plus une question de choix, c’est une question d’histoire. L’engagement a une histoire au niveau littéraire. Il est né au 19e siècle à la suite des romantiques français comme Victor Hugo, Emile Zola, etc., qui ont donné pour mission à l’écrivain de sauver l’homme. De quoi on ne sait pas trop ! Des maux qui l’environnent, peut être aussi de lui-même, parce qu’il est beaucoup plus démoniaque que tous les démons du monde. Cette visée a continué et s’est cristallisée à travers le 20e siècle, notamment lors de la révolution Bolchevik, où l’engament a pris une autre tournure, il n’était plus question de sauver vaguement l’homme, mais de sauver la révolution, d’être au service de la classe ouvrière, l’engagement du réalisme socialiste. Dans la foulée il y a eu l’engagement tiers-mondiste, né avant la seconde guerre mondiale ; l’engagement de la Négritude pour sauver les valeurs historiques et culturelles du peuple noir ; l’engagement anticolonialiste pour libérer l’Afrique de la domination coloniale. Tous ses engagements ont fini par s’embourber parce que l’histoire elle-même s’est embourbée. Tous les grands idéaux de l’humanité se sont effondrés. Il n’y a plus d’idéal ! Le communisme s’est cassé la gueule, les indépendances africaines ont tourné au cauchemar, les révolutions latino-américaines on tourné au despotisme, les révolutions en Asie du Sud Est ont fini par Pol Pot. Même le fait de se dire engagé devient indécent. L’écrivain n’a plus de mission, sa seule mission c’est d’amuser la galerie, de raconter des histoires. A ce niveau là moi je raconte une histoire, une histoire originale. Elle parle d’un personnage très original qui vit une histoire très originale dans un contexte très précis, le contexte du 19e siècle colonial. Voici un homme qui dès l’enfance a des fantasmes sur l’Afrique, à travers une région précise qu’est le Fouta Djalon. Voici un homme qui lit René Caillié dès l’âge de 8 ans, qui est fantasmé par une région qui s’appelle le Fouta Djalon que l’on chante à son oreille. Tout en grandissant il construit toute une mythologie et un fantasme du Fouta Djalon. Il se dit «un jour que je serais roi du Fouta Djalon» et à partir du Fouta Djalon je vais conquérir l’Afrique, mais c’est une conquête fantasmatique, c’est une conquête à la Don Quichotte. Cet homme n’est pas un colonisateur au sens vrai du terme, c’est un fou. Il vient en Afrique avec une ombrelle et des gants dans l’intention de devenir roi d’Afrique, c’est un fantasme, c’est le royaume de l’enfance. C’est comme si moi je débarquais au Groenland pour devenir roi du Groenland avec mon stylo en poche, ça ne peut pas marcher. D’ailleurs ça n’a pas marché. Ca a un peu marché parce qu’il a obtenu un royaume de 26 kilomètres de longueur, mais qu’il lui a été octroyé par les Peuls pourquoi ? Parce qu’il a été Peul. C’est en tant que roi Peul qu’il devient roi de Kahel, parce qu’on le fait citoyen Peul. Ce n’est pas en tant que français, en tant que blanc. On est complètement en dehors de la colonisation, voila pourquoi je raconte cette histoire. Je n’ai pas raconté une histoire sur Gallieni, sur Brazza, etc., ça ne m’intéresse pas. Mais Olivier de Sanderval il est intéressant, d’autant que sa vie et sa personnalité dépassent largement le cadre historique pour s’investir directement dans le cadre du roman. C’est un personnage roman qui n’a pas sa place dans un manuel d’histoire. D’ailleurs il a été oublié du point de vue historique, c’est moi qui le ressuscite par un roman. Quand on est un auteur africain, faut-il vivre en occident pour prétendre à un tel Prix ? Attention ! Arrêtons de jouer au faux semblant. Il n’y a pas de choix, le choix appartient aux hommes libres, nous sommes des sociétés dominées. La littérature africaine, qu’on appelle africaine, n’est pas née en Afrique, elle est née en France. La négritude est née à Paris, c’est à Paris que Senghor, Césaire et Damas ont écrit. C’est à paris que Mongo Bety, Camara Laye, etc., ont écris. On ne peut pas être un écrivain en Afrique. Pour plusieurs raisons : les raisons de censure, on ne va pas se voiler la face ; des raisons structurelles, il y a très peu de maisons d’éditions, très peu de moyen de diffusion, très peu de bibliothèques, très peu de libraires, très peu de lecteurs. Même les maisons d’éditions africaines sont à Paris, Présence africaine n’est pas à Dakar, c’est à Paris depuis 1945. C’est Présence Africaine qui était l’âme de la littérature africaine, c’est la revue pour les écrivains africains. Soit au publiait à Présence Africaine, soit on collaborait directement à la revue Présence Africaine. Donc la littérature africaine est génétiquement parisienne. Quelle est l’œuvre majeure de votre production littéraire ? Ce n’est pas à moi de le dire, c’est aux critiques littéraires ou aux lecteurs de le dire. Mais moi j’ai un roman que je préfère, c’est Le Rêve Utile. J’avais tenté une expérience très audacieuse. J’avais gommé les dialogues et j’avais laissé les personnages évoluer simplement avec des monologues intérieurs qui s’entrechoquaient de façon désordonnée et je me suis dis que le lecteur finirait par reconstituer l’histoire lui-même. Cela n’a pas été le cas, certains m’en ont voulu, d’autres m’ont encensé. Moi j’ai un peu reculé parce que je me suis dit qu’étant issu d’une société où les gens savent à peine lire et écrire, il est peut être trop snob de s’éloigner de son lectorat naturel alors je suis revenu à une mouture un peu plus classique de l’écriture. Depuis «Les Crapauds-brousse», quel est le parcours qui vous a amené jusqu’au «Roi du Kahel» ? J’ai neuf romans assez différents les uns des autres. Ils sont différents au point de vue du thème abordé, puisque moi je sui un vieil exilé de 40 ans et mes romans peuvent être considérées comme des balises qui délimitent mon itinéraire très tortueux, ce qui fait que j’ai des romans qui se passent en France, en Afrique, au Brésil, etc., et à chaque fois l’histoire est différente et je fais en sortes que l’écriture soit différente. Pensez vous que ce Prix va contribuer à valoriser la littérature africaine ? Comment ? Un peu plus de visibilité, ne serait-ce qu’au point de vue médiatique. Les grands prix littéraires français sont très médiatisés à l’échelle mondiale. La France est encore le dernier pays au monde qui accorde symboliquement une place centrale à la littérature. Les gens lisent beaucoup moins qu’avant c’est vrai mais l’institution littéraire existe en France alors qu’elle n’existe pas ailleurs. Aux Etats-Unis il y a des écrivains mais il n’y a pas d’institution littéraire américaine. En Allemagne non plus, où la musique est beaucoup plus importante institutionnellement. Les prix Goncourt ou Renaudot sont des moments décisifs de la vie culturelle en France, et le monde entier les suit. Une anecdote, lorsque j’ai appris que j’avais le prix j’étais à Cuba, j’ai tapé sur le net pour voir un peu ce qu’on en disait. J’ai tapé sur Google Costa Rica et je vois «un escritor guineano primiado…», donc la nouvelle du prix Renaudot était sur les journaux costaricains. Donc il y a une visibilité au niveau médiatique, on en parle. Ca apporte plus de prestige en tout cas. Ce n’est pas seulement vis-à-vis de moi mais je pense que Yambo Ologuem, Amadou Kourouma et Alain Mambanckou ont projeté la littérature africaine dans d’autres sphères de lecture et dans d’autres zones géographiques où peut être on n’en avait jamais entendu parler. Cela permet d’élargir le lectorat et aussi de diversifier les traductions. Aujourd’hui on se rend compte effectivement que la littérature africaine est de plus en plus traduite dans des zones où elle n’avait pas l’habitude de l’être. Elle commence à être traduite en Asie par exemple. Quels sont les auteurs africains, et gabonais parce que nous sommes ici, qui sont susceptibles de figurer au palmarès des grands prix de littératures ? Il y a de grands écrivains gabonais. je connais Angèle Rawiri, je connais Bessora, qui est une écrivaine très moderne, très inventive, très originale. Je l’enseigne par exemple aux Etats-Unis où je donne des cours et je sais que les étudiants américains sont très intéressés par sa manière ironique, très courtelienne, de voir l’absurdité de démocratie moderne, avec beaucoup d’humour et le sens de l’absurdité. Dans tous les pays africains il y a des auteurs capables de prétendre à un grand prix littéraire. La littérature est en train de devenir, est devenue, une littérature comme une autre au niveau mondial. Jusque là elle était encore un ghetto que l’on visitait de temps en temps par soucis de curiosité exotique. Aujourd’hui elle est devenue une réalité incontournable de la vie littéraire internationale. Elle n’est plus connue que dans le monde francophone, elle a trouvé une place de choix dans l’enseignement aux Etats-Unis. Aujourd’hui la littérature dans l’enseignement aux Etats-Unis est essentiellement la littérature francophone, donc africaine. Elle est beaucoup plus étudiée aux Etats-Unis que la littérature française. Il n’y a pas aujourd’hui une seule université américaine qui n’étudie pas la littérature africaine, c’est fini, il y a énormément de thèses, de maîtrises et de nombreux voyages d’études. Moi à chaque fois que je viens en Afrique je rencontre de mes amis africains installés aux Etats-Unis qui viennent avec 10, 15, 20, 30 étudiants africains en train de visiter l’Afrique et même les itinéraires de certains personnages. J’ai rencontré à Bamako un ami malien qui enseigne dans le Minnesota, qui était avec ses étudiants sur la route de Wangrin, le personnage d’Hampâté Bâ. L’année dernière, la Corée du Sud a invité 55 écrivains africains, cela veut dire que nous existons. Comment amener la jeunesse africaine à s’intéresser davantage à la littérature, une discipline de plus en plus négligée aujourd’hui ? Il faudrait évidemment une politique culturelle plus rationnelle, ce qui n’a jamais existé en Afrique. Vous savez très bien que les systèmes politiques africains ont considéré la littérature et la culture de manière générale comme quelque chose de suspect et dangereux. C’est vrai que l’écrivain est suspect et dangereux parce qu’il parle à tort et à travers, il ne dit pas ce qu’on attend qu’il dise, il dit ce que lui a envie de dire et pas ce que les autres ont envie d’entendre. Les systèmes politiques africains aiment bien que les gens disent ce qu’ils ont envie d’entendre. Et puis c’est un problème structurel, bibliothèque, librairie, maisons d’éditions. Tout cela est une question d’époque, ça viendra avec la démocratisation. Elle a commencé en Afrique de manière très confuse, parfois même tragique, mais il est évident qu’elle est irréversible. Elle se fera. Plus les espaces démocratiques seront larges, plus l’intensité de la vie culturelle sera grande. Ce n’est pas mauvais à priori que la littérature africaine soit pour le moment expatriée, ce n’est pas mauvais du tout. Elle se confronte aux autres littératures du monde et reviendra plus forte et plus riche. La littérature moderne américaine s’est faite à Paris, pas aux Etats-Unis. Mc Kay, l’un des grands chantres de la négro renaissance, a écrit son roman à Marseille. Même la littérature russe s’est faite à Paris. Quel est selon vous le rôle d’un auteur africain dans la société africaine d’aujourd’hui, traversée par de multiples crises ? C’est de raconter des histoires, comme les conteurs d’autrefois. Avec plus de frustrations. J’aurais bien aimé resté engagé mais je n’en ai plus les moyens. On ne prend plus l’écrivain au sérieux. Je vais m’engager à faire quoi ? Mentir comme les autres, dire que je vais démocratiser, développer, libérer, etc., c’est impossible ! Vous avez l’habitude de dire que la littérature est l’art qui permet de mieux supporter la vie, jusqu’ou cela est vrai ? Oui bien sûr. C’est une thérapie. L’expérience de l’écriture m’a permis de supporter quelque chose de très dur à supporter c’est l’exil. C’est grâce à la littérature que j’ai donné un sens à ma vie d’exilé. La littérature a une valeur thérapeutique évidente, beaucoup de malades finissent par écrire. D’abord la littérature c’est pour les gens anormaux, qui ont fini par être en contradiction avec le déroulement normal de choses. La littérature se fait toujours à la suite d’un choc, un choc esthétique, pathologique, amoureux, etc. L’art d’une manière générale a permis à l’homme de supporter l’existence, c’est la création qui a permis à l’homme de donné un sens à son existence. Il n’y aurait pas eu de sens. Sans la culture l’homme n’est rien. C’est la culture qui a donné à l’homme une dimension historique. C’est la culture qui créé la conscience et la sensibilité et sans ça nous vivons stupidement l’absurde de l’existence, le chaos de l’existence. C’est l’écriture, c’est la culture, c’est la musique, c’est out cela qui nous a permis de donner un sens à l’existence. Il y a une civilisation à partir du moment où on se raconte. Les animaux ne se racontent pas. Nous sommes des êtres civilisés parce que nous nous racontons. Nous racontons le passé, et nous prévoyons l’avenir. Nous essayons donc de dompter le temps. Et c’est l’art qui nous permet de dompter le temps. Malraux disait que l’art est un antidestin, c’est lui qui nous protège de la fatalité, qui nous permet de survivre à nous même. Les pyramides d’Egypte sont encore là des millénaires après. |
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| Publié le 07-04-2009 Source : Gaboneco.com Auteur : Gaboneco | |||||||
Tags : Gabon litterature prix renaudot
Catégorie : !60_News littéraires/2009/02|
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