"Massacrés par les leurs", discours de Tarek Fatah à Genève
4/5/2009
ONU - Conférence sur le racisme (Durban 2)
"Massacrés par les leurs", discours de Tarek Fatah à Genève
vendredi 1er mai 2009, par Annie Lessard,
Marc Lebuis
« Du
Pakistan au Soudan, de nombreuses sociétés musulmanes sont infiltrées
par un racisme ignoble et meurtrier. Il est temps d’abandonner la
notion moyenâgeuse d’une infériorité des musulmans non arabes par
rapport aux musulmans arabes. Les pays arabes et les dirigeants des ONG
arabes doivent dénoncer cette doctrine, qui a conduit à la
discrimination contre les musulmans à peau sombre dans des pays à
gouvernement arabe aussi éloignés l’un de l’autre que Dubaï et le
Darfour ».
Tarek Fatah est un journaliste et commentateur torontois bien connu de nos lecteurs. Voir entre autres (ici), (ici), (ici) et (ici). Il est l’auteur de « Chasing a Mirage : The Tragic Illusion of an Islamic State ».
***
Massacrés par les leurs. Version originale anglaise : Slaughtered by their own, par Tarek Fatah, National Post, 27 avril 2009. Adaptation française : Jean-Marc Léger
Du Pakistan au Soudan, de nombreuses sociétés musulmanes sont infiltrées par un racisme ignoble et meurtrier

Une Tchadienne protège son enfant après avoir été obligée de fuir lors d’une attaque de son village par les Janjawid. (Marco Di Lauro, Getty Images)
Le texte qui suit est un extrait revu et corrigé d’un discours prononcé la semaine dernière à la conférence Durban II, à Genève.
Alors que je m’adresse à vous, je suis profondément déçu que ma
collègue Milly Nsekalije, rescapée du massacre des Tutsis du Rwanda en
1994, n’ait pas pu partager son histoire avec vous tous. Raison : aux
yeux de certains, elle ne peut pas avoir été victime du génocide parce
qu’elle n’est pas Tutsi à 100 %.
Que penser de l’état du racisme dans notre monde lorsque les
victimes d’un génocide pratiquent l’exclusion sur la base d’une
prétendue pureté du sang et de l’origine ethnique ?
Et il y a pire que son exclusion de l’événement du jour : c’est le
fait que cette exclusion ait eu lieu dans le cadre d’une conférence
ayant pour but de combattre le racisme. Comme on le voit, nous avons
inversé la notion de racisme.
Le racisme ne se limite pas à créer la division entre blancs et
noirs, c’est aussi un cancer qui envahit les relations entre gens de
couleur — des gens qui partagent souvent la même religion mais ont des
couleurs de peau différentes, plus ou moins brunes ou noires.
Ce racisme interne, qui dévore de l’intérieur les peuples du monde
en développement en Asie et en Afrique, est trop souvent écarté des
discussions sur le racisme.
Cet après-midi, je voudrais attirer un peu l’attention sur deux
génocides, l’un qui a eu lieu en 1970-71 dans ce qui est aujourd’hui le
Bangladesh, et l’autre qui se poursuit au moment même où je parle dans
la région du Darfour, au Soudan. Dans les deux cas, la racine du
problème se situe chez un groupe de musulmans qui se perçoivent comme
racialement supérieurs à leurs victimes, pourtant elles aussi
musulmanes. Dans les deux cas, la doctrine de supériorité raciale et la
pratique du racisme institutionnel n’ont pas été remises en question,
même lorsque les horribles conséquences de ce racisme ont été vues par
tous.
En 1970, le pays où je suis né, le Pakistan, était séparé en deux :
une partie orientale aujourd’hui connue sous le nom de Bangladesh, et
une partie occidentale qui a survécu à une guerre ultérieure avec
l’Inde pour donner le Pakistan d’aujourd’hui.
Le Pakistan oriental était habité par les Bengalis, une population à
peau sombre qui constituait la majorité mais qui était placée sous la
domination d’une minorité plus claire issue de ce qui était le Pakistan
occidental.
Au cours des 25 premières années de l’histoire du pays, la description
raciste des Bengalis à peau sombre comme des êtres inférieurs et
incapables est devenue un dogme jamais remis en cause chez la minorité
dominante. La culture des Bengalis à la peau sombre était décrite comme
non islamique et influencée par l’hindouisme. On tournait en dérision
leur musique, leur cuisine et leurs vêtements, et leur langue était
interdite, ce qui avait conduit à de nombreuses protestations et à des
morts en 1952.
En 1970, après avoir souffert 25 ans sous la domination du Pakistan
occidental, la population du Pakistan oriental avait voté pour un parti
installé dans sa région, et obtenu une nette majorité au parlement
national du pays.
Mais puisque la vision raciste considérait les Bengalis comme
incapables de diriger le pays, ou traîtres à la minorité à peau claire
du Pakistan occidental, une intervention militaire avait été
déclenchée, qui avait donné lieu à de nombreux massacres sur une
période de 10 mois.
Le massacre des Bengalis par l’armée du Pakistan occidental n’avait
pris fin qu’avec l’intervention de l’Inde qui avait vaincu les forces
armées pakistanaises, mais des centaines d’intellectuels, professeurs,
poètes, auteurs, musiciens et peintres bengalis avaient déjà été raflés
et massacrés.
Au total, un million de musulmans avaient été tués par d’autres
musulmans dans une frénésie de haine contraire aux enseignements de
l’islam et du prophète Mahomet, dont l’autorité religieuse était
invoquée par l’armée pakistanaise.
On aurait pu espérer que ce génocide servirait de mise en garde.
Mais le triste constat est que le racisme a persisté partout dans le
monde islamique au cours des années qui ont suivi. Pourtant, presque
tout le monde le nie, non seulement parmi les gouvernements des nations
musulmanes mais aussi parmi de nombreuses ONG et groupes de la société
civile.
Au Soudan, les milices Janjawid et le gouvernement arabe de Khartoum
ont provoqué la mise à mort de 500 000 musulmans du Darfour dont la
seule faute est d’être noirs et donc considérés comme inférieurs par
les classes dirigeantes du pays.
Le mauvais traitement des Noirs musulmans par ceux qui se sentent
supérieurs en raison de leur peau plus claire se retrouve tout au long
de l’histoire. Il n’y a qu’au Moyen-Orient qu’on peut se permettre de
dire à un Noir « Ya Abdi », ce qui veut dire « Toi, l’esclave ».
Seule la Ligue arabe pouvait choisir de soutenir le président du
Soudan, un homme inculpé par la Cour pénale internationale pour sa
campagne meurtriètre au Darfour.
Il est temps d’abandonner la notion moyenâgeuse d’une infériorité
des musulmans non arabes par rapport aux musulmans arabes. Les pays
arabes et les dirigeants des ONG arabes doivent dénoncer cette
doctrine, qui a conduit à la discrimination contre les musulmans à peau
sombre dans des pays à gouvernement arabe aussi éloignés l’un de
l’autre que Dubai et le Darfour.
Si nous ne sommes pas capables d’autoriser une femme à parler ici
parce qu’elle est de sang mêlé, alors tout ce que je peux dire c’est
que, pour reprendre les mots de Robert Frost, la route sera encore
longue avant de pouvoir nous reposer.
Tags : genocide musulman noir Inde Pakistan Bengali
Catégorie :
!70_News Société/2009/10
Hadopi n'apporte pas de réponse globale pour réduire le piratage
11/5/2009
O. Klaba (OVH): "Hadopi n'apporte pas de réponse globale pour réduire le piratage"
Le
dirigeant du fournisseur de services Internet évoque l'hypothèse de
délocaliser son activité si la loi "Création et Internet" l'empêche
d'atteindre ses objectifs.
Nicolas Guillaume
04-05-2009
Quelles seraient les répercutions
sur les acteurs de l'économie numérique française si la loi HADOPI est
adoptée par le Parlement ? Pour répondre à cette question, Vnunet.fr a interrogé Octave Klaba, l'emblématique fondateur et dirigeant de l'hébergeur OVH.
Cet acteur implanté historiquement dans la région Nord, à Roubaix,
est devenu au fil des années le plus gros hébergeur de sites Internet
dans l'hexagone et affiche son ambition de devenir le numéro un en
Europe.
Si l'hébergeur ne dévoile pas son chiffre d'affaires,
différentes sources laisseraient entendre qu'il avoisinerait les 40
millions d'Euros. En termes d'emploi, l'entreprise a dépassé la barre
de la centaine de collaborateurs. Le poids économique d'un tel acteur
n'est pas négligeable.
Pour Octave Klaba, les problématiques
juridiques doivent prendre en compte les réalités économiques. Car la
perte de compétitivité face aux concurrents européens est une menace
qui pourrait se préciser si HADOPI était votée par le Parlement.
Le dirigeant d'OVH donne son avis sur la loi et analyse ses conséquences potentielles... sans langue de bois. (Interview réalisée le 30 Avril 2009)
Vnunet.fr:
Après avoir découvert que vous étiez le nouvel hébergeur du site
"jaimelesartistes.fr", vous n'avez pas tardé à réagir pour dire ce que
vous pensez de la loi HADOPI...
Octave Klaba: Nous
hébergeons ce site comme sept millions d'autres sites Internet. Tout le
monde peut commander une infrastructure chez nous et l'avoir en moins
d'une heure. Les problèmes soulevés par l'industrie du divertissement
(musique, cinéma) sont avérés, le piratage est une réalité. Mais ce
n'est pas seulement une réalité franco-française. Il ne faut pas
stigmatiser les Français en disant qu'ils copient illégalement de la
musique ou des films car en Europe et dans le reste du Monde, c'est
partout pareil, le piratage est un problème à l'échelle mondiale.
Hadopi n'apportera pas de réponse globale face au piratage car c'est
une loi qui va s'appliquer seulement sur notre territoire. Faire croire
que grâce à cette loi, l'industrie culturelle n'aura plus de
difficultés pour se développer est totalement faux. Comme toute
industrie, elle doit accepter de se remettre en question, certes
rapidement, mais de nos jours tout évolue très vite. Il faut savoir
prendre de risques, avoir des idées et aller de l'avant.
Vnunet.fr: En tant qu'hébergeur, quel sera l'impact de cette loi vis-à-vis de vos activités ?
O. Klaba: Nos infrastructures d'hébergement sont situées en France,
mais bon nombre de nos clients sont en Europe. Nous avons neuf filiales
à travers l'Europe avec un réseau en fibre optique qui dessert toutes
les capitales européennes. Nous devons déjà maitriser les différentes
lois des pays où nous sommes implantés. Cette loi sera un dossier
juridique de plus à gérer. De manière directe, nous pensons que
l'impact des dispositions issues de la loi Hadopi sera très faible sur
notre activité voir nul. Mais il n'est pas impossible que cela pose
quelques problèmes psychologiques à nos clients qui hésiteront avant de
se tourner vers un prestataire français et pourront préférer d'autres
concurrents en Europe. A titre d'exemple, le respect de la vie privée
en Allemagne est plus avancé qu'en France et les clients y sont
extrêmement attachés: Pourquoi prendre un risque avec un prestataire
français par rapport à un acteur allemand ? Quotidiennement, nous
devons déjà répondre à cette question posée par nos prospects européens
et il faudra désormais inclure dans notre argumentaire la loi Hadopi.
En résumé, il sera plus difficile de s'afficher comme un acteur
français de l'Internet.
Vnunet.fr: Le fait de proposer des serveurs hébergés en France avec des adressse IP étrangères peut-il poser problème ?
O. Klaba: Effectivement,
on se demande comment la loi va réagir par rapport au fait que nous
gérons les adresses IP françaises d'Ovh.com aussi les IP de nos
filiales en Europe. Physiquement, les serveurs sont en France mais le
réseau est européen. Les offres comme le RPS (Real Private Server)
poseront le plus de problèmes car le serveur a des adresses IP
européennes, il peut être hébergé partout en Europe mais les
infrastructures de stockage de données pourront être en France comme
dans d'autres territoires, et ceci n'est pas détectable grâce aux
réseaux privés. C'est la technologie qui le permet. Comment la loi
interprétèra toutes ces problématiques technologiques, on ne le sait
pas encore.
Vnunet.fr: Avez-vous discuté de cette loi avec vos clients étrangers ? Qu'en pensent-ils ?
O.
Klaba: En premier lieu, ils rigolent. Parce que croire qu'une loi
française appliquée en France va régler le problème du piratage au
niveau mondial c'est ... drôle. Celui qui veut pirater trouvera
toujours un moyen pour le faire. Certains nous demandent quand ils
devront partir se faire héberger dans d'autres pays, aux Pays-Bas par
exemple, où la loi est totalement différente.
Vnunet.fr: Pensez-vous que le filtrage peut dégrader la qualité de vos services ?
O. Klaba: Nous devons
faire face au filtrage mis en place par le gouvernement Chinois qui
empêche la consultation de contenu hébergé sur notre réseau. Donc nous
ferons avec le filtrage dicté par notre propre gouvernement. Les
méthodes sont les mêmes, seul le discours change.
Vnunet.fr: Avez-vous rencontré des décideurs politiques pour leur faire part de vos inquiétudes ?
O.
Klaba: Non. Je pense qu'il y a très peu de gens qui veulent discuter.
Le gouvernement a décidé de faire quelque chose pour l'industrie
culturelle, et au final, il a acouché de la loi HADOPI. On ne pourra
pas l'accuser de n'avoir rien fait pour cette industrie. Nous ferons
donc avec ou sans cette loi. C'est à l'entreprise de s'adapter au
contexte et trouver les solutions pour ses clients. Et si la loi nous
pose des problèmes, on pourra toujours trouver des solutions pour nos
clients.
Vnunet.fr: Hadopi pourrait donc entraîner une
perte de compétitivité par rapport à vos concurrents, en premier lieu
ceux basés en Europe ?
O. Klaba: Notre activité est
aisément délocalisable. En étant à Roubaix dans le Nord de la France,
nous pouvons acheter du terrain à une vingtaine de kilomètres pour
créer des centres de données en Belgique, voir même 300 kilomètres plus
loin et proposer nos solutions à partir des Pays-Bas ou de
l'Angleterre. Si la loi nous fait perdre des clients ou nous empêche
d'atteindre notre objectif d'être le numéro un européen, alors nous
n'hésiterons pas une seule seconde à deployer nos data centers ailleurs
en europe pour donner la possibilité à nos clients de choisir le pays
dans lequel leur infrastructure sera hébergée.
Vnunet.fr:
Donc pour continuer de vous développer, si les lois françaises ne sont
pas compatibles avec votre activité, ce sera la délocalisation ?
O. Klaba: Ce seront nos clients qui décideront pour nous. Nous ne ferons que traduire leurs besoins.
Tags : hadopi piratage
Catégorie :
!70_News Société/2009/10
Loi Hadopi : on n'est plus à une semaine près...
11/5/2009
Source:http://www.vnunet.fr/news/loi_hadopi_on_n_est_plus_a_une_semaine_pres___-2030713
Loi Hadopi : on n'est plus à une semaine près...
En raison des débats persistents, le vote définitif de l'Assemblée nationale devrait finalement intervenir le 12 mai.
La redaction
05-05-2009
Quand s'arrêteront les aventures
rocambolesques de la loi Création et Internety (surnommée loi Hadopi) ?
Le texte, dont un nouveau vote définitif doit intervenir à l'Assemblée
nationale le 12 mai prochain, continue de susciter un intense débat,
tant dans l'Hémicycle que parmi les artistes.
Dernier coup
d'éclat en date hors du Parlement : une lettre ouverte adressée à
Martine Aubry, Première secrétaire du PS, publiée dans Le Monde
et signée de Juliette Gréco, Bernard Murat, Pierre Arditi, Maxime Le
Forestier et Michel Piccoli. Ce petit collectif estime que le principal
parti de gauche a adressé à leur égard "un message de rupture" et a "également perdu son âme".
L'Assemblée
nationale a donc reporté d'une semaine le vote sur le projet de loi
Création et Internet en raison des nombreux amendements déposés par
l'opposition.
Selon Reuters, la Conférence des
présidents a décidé que le vote solennel sur l'ensemble des articles,
qui était initialement prévu mardi ou mercredi, devrait intervenir le
12 mai.
Le projet de loi devrait faire l’objet d’une deuxième
lecture au Sénat. En cas de désaccord entre les deux chambres du
Parlement, c'est l'Assemblée nationale qui tranchera.
Un débat européen en fond de toile
La
loi Hadopi, qui remet au goût du jour la riposte graduée, prévoit la
suspension de la connexion de "l’internaute pirate". Le texte prévoit
également le maintien du paiement du volet Internet dans sa facture
triple play en cas de coupure d'accès.
A la surprise générale, le
texte, qui devait être adopté le 9 avril dernier, avait été repoussé, à
la faveur d’une combinaison de facteurs variés. Le manque de consensus
autour de la loi et le nombre réduit de députés de la majorité avaient
permis aux membres de l’opposition - PS en tête - de faire barrage au
passage de la loi Création et Internet.
A l’échelle européenne,
la riposte graduée cause suscite également l’embarras dans le cadre des
débats liés au Paquet Télécoms du nom de la révision du cadre télécoms
dans l'UE. L’amendement, rédigé par l’eurodéputé Guy Bono (groupe PSE) et validé par le Parlement européen, présente l'accès Internet comme un droit fondamental.
La
version retenue par les eurodéputés précise également que toute
décision de suspension d’abonnement doit émaner d’un tribunal. Un texte
qui met à mal la loi Hadopi.
Néanmoins, le Parlement européen
devrait mettre de l’eau dans son vin et proposer une nouvelle mouture
de ce point précis dans le "Paquet Télécoms' en adéquation avec la loi
française Création et Internet actuellement débattue.
Tags : hadopi piratage
Catégorie :
!70_News Société/2009/10