Soljenitsyne : La liberté et la dignité humaines ancrées en Dieu
20/5/2009
Soljenitsyne : La liberté et la dignité humaines ancrées en Dieu
Posté le Lundi 04 août 2008 @ 13:27:00 par CPDH
L'ex-dissident et
écrivain Alexandre Soljenitsyne vient de mourir le 3 août. Le prix Nobel de littérature
1970 était un homme de foi, à contre-courant de l'idéologie soviétique comme du
monde actuel et de la société de consommation. Après Rostropovitch,
également croyant, une autre grande figure de la dissidence au système
athéiste a tiré sa révérence.
L'homme avait été
condamné au Goulag pour trahison après avoir critiqué Staline pour sa gestion
de la guerre avec l'Allemagne, puis exilé avant d'être réhabilité. Soljenitsyne
commence alors une activité littéraire dénonçant le totalitarisme communiste.
La parution en Occident de L'Archipel du
Goulag, description de la vie dans les camps de travaux forcés, amène les
autorités soviétiques à l'expulser en 1974 après l'avoir déchu de sa
nationalité.
Le
dissident trouve alors refuge en Suisse, puis en Amérique et est le meilleur
porte-parole des opprimés du système soviétique. Cependant, il s'en prend aussi
à la société de consommation occidentale. L'homme est habité par une profonde
foi orthodoxe et ne compte pas céder devant le matérialisme qu'il soit athée ou
marchand. Soljenitsyne sait que sans un « noyau stable »
transcendant, l'homme est livré aux flots de l'Histoire, des sociétés, des
idées et de la contingence. Sa foi
en Dieu l'a aidé à traverser le système concentrationnaire soviétique, elle
lui a aussi permis de ne pas succomber aux sirènes de l'Occident
consumériste :
« Mais comment, comment résisteriez-vous, vous
qui éprouvez de la douleur, qui êtes faible, qui êtes lié par des affections
vivantes, qui n'êtes pas préparé ? Que faut-il faire pour être plus fort que le
commissaire instructeur, que toute cette chausse-trape ? Il faut pénétrer dans
la prison sans frémir pour la douce chaleur de la vie que l'on a laissée
derrière soi. Il faut se dire en franchissant le seuil : ma vie est finie, un
peu plus tôt, mais je n'y peux rien... Face à un tel prisonnier, l'instruction
sera ébranlée »(1).
L'homme
vit sa vie, conscient de sa fragilité et de la souveraineté de Dieu. Il est
prêt à la mort. Il est conscient des faiblesses humaines : sa femme avait
fini par dénoncer son assistante, laquelle sous la pression avait révélé à la
police l'endroit où était caché l'un des exemplaires de L'Archipel du Goulag, avant de se pendre. Mais, sans aller jusqu'à parler de
la capitulation sous la torture du système communiste, Soljenitsyne savait que
la nature humaine simplement était faible.
Dans
l'un de ses romans dont l'histoire se déroule dans un hôpital pour cancéreux,
un passage parle de la superficialité des hommes. Le personnage principal,
Oleg, qui était au bord de la mort quelques jours auparavant, passe devant son
prochain, malade, comme s'il ne pouvait imaginer ce que vit ce dernier. Il s'en
va avec une infirmière, tous deux indifférents à ce patient :
« Peut-être était-ce ce jour-là qu'il
mourrait, ce frère d'Oleg [...] abandonné, affamé de sympathie. Peut-être Oleg
aurait-il pu, en s'asseyant, à son chevet, en passant ici la nuit, alléger ses
dernières heures. [§] Mais ils déposèrent simplement le ballon d'oxygène et
s'en furent. Derniers centimètres cubes de respiration, ce ballon d'oxygène
d'un mourant, pour eux, n'aurait été qu'un prétexte pour s'isoler et connaître
les baisers l'un de l'autre ! [§] Oleg [...] ne pensait pas à l'agonisant
[...] qu'il était lui-même deux semaines plus tôt ou qu'il serait six mois plus
tard. Il pensait à cette jeune fille... »(2).
L'Occident
libre
soumis à toutes sortes de tentations, était pour Soljenitsyne autant
prisonnier que les peuples soumis au joug communiste. Ses habitants ont perdu
de vue l'intérêt commun, pour se contenter de l'individualisme qui les défait
socialement : perte du sens de la famille, de la patrie, de la communauté
en général. Et surtout, ne disait-on pas d'ailleurs il y a encore peu que les
Soviétiques étaient plus libres que les Occidentaux, car eux feignaient de
croire au mensonge officiel, tandis qu'à l'Ouest, on se croit libre alors que
le consumérisme dévoie la liberté ?
Le totalitarisme
dénoncé par Soljenitsyne trouve aussi bien son application dans la société communiste :
« Sommeil à part, l'homme des camps ne
vit pour son compte que dix minutes, le matin au premier déjeuner, cinq au
déjeuner et cinq au dîner. »(3), que dans la société de consommation.
Dans le cas des prisonniers du système concentrationnaire, la seule liberté est
celle des moments de repos et de restauration. A l'inverse, dans la société
occidentale, le repos et la restauration quand ils ne sont pas maîtrisés finissent
par saper la liberté humaine :
l'homme perd sa liberté s'il ne sait se fixer des limites. Définissant mal ses
droits, il finit par attenter à sa dignité.
Alexandre Soljenitsyne
refusait qu'on lui prête une autorité théologique ; néanmoins, la voix de
cet homme qui aura traversé le siècle des horreurs sans céder ni face à la
brutalité, ni face aux tentations, reste prophétique et un exemple de lucidité
comme de courage. Il savait que sans Dieu, la dignité humaine et son exercice,
la liberté, perdent leur sens.
(Jean
Degert) CPDH - 04/08/08
(1)
L'Archipel
du Goulag, Le Seuil, 1974, p.101.
(2)
Le
pavillon des cancéreux, Julliard, p. 337.
(3)
Une
journée d'Ivan Denissovitch, Julliard, domaine étranger, p.37.
Tags : Soljenitsyne liberte dignite humaines Dieu
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