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Auteur Victor OJEDA | Bloguez.com

 Fifi Brindacier au secours des enfants de Gaza

7/4/2009
http://www.courrierinternational.com/article.asp?obj_id=96395

6 avr. 2009
SUÈDE •  Fifi Brindacier au secours des enfants de Gaza
Depuis vingt ans, une organisation palestinienne réalise un travail tenace de promotion de la lecture auprès des enfants. Un effort aujourd'hui récompensé par un grand prix de littérature, note Svenska Dagbladet.
Dessin de Krauze paru dans The Guardian.
cartoons@courrierinternational.com
"J'étais certaine qu'on allait gagner cette année", confie Niveen Shaheen, coordinatrice des programmes de l'institut Tamer, jointe par le Svenska Dagbladet au siège de l'organisation, à Ramallah, en Cisjordanie.
Si Niveen était aussi persuadée qu'ils allaient recevoir cette année le prix Astrid Lindgren, c'est parce que l'organisation a accompli un travail unique, affirme-t-elle.
"Nous avions été nominés l'année dernière, mais nous n'avions pas gagné, donc je sentais qu'on allait gagner cette année. Nous ne sommes pas si nombreux en Palestine à nous occuper de ce genre de choses, en particulier de la publication de livres. Nous travaillons aussi bien avec les gens sur le terrain qu'avec les ministères."

L'institut Tamer fête ses vingt ans d'existence. Il traduit des livres étrangers pour enfants, publie des auteurs palestiniens et organise diverses activités autour de la lecture. Il alimente également les bibliothèques en littérature pour la jeunesse et forme les bibliothécaires et les parents.
Chaque année, une campagne nationale de promotion de la lecture est organisée, dont le point d'orgue est la Semaine nationale de la lecture. L'année dernière, l'événement a touché 52 000 enfants dans les camps de réfugiés ou les villages reculés.

La guerre à Gaza a influé sur le travail de l'organisation, affirme Ruba Totah, coordinatrice des programmes au bureau de Ramallah.
"Nous avons dû intensifier notre action pour atténuer les effets de la guerre sur les enfants, en proposant par exemple de l'art-thérapie."
L'institut ne sait pas encore l'usage qu'il fera des 5 millions de couronnes [450 000 euros] du prix, mais le planning des activités à venir sera bientôt établi.
La directrice générale de l'institut Tamer, Renad Qubbaj, raconte que les bibliothèques de l'organisation dans la bande de Gaza possèdent plusieurs livres d'Astrid Lindgren en arabe. "Ils sont absolument fantastiques, et font la joie de nos enfants."

L'institut Tamer fait partie des nominés au prix Astrid Lindgren depuis 2003.
"C'est une organisation qui accomplit un travail remarquable, dans des circonstances souvent particulièrement difficiles. Nous leur avons rendu visite et avons constaté qu'ils méritaient tout à fait la récompense", commente Larry Lempert, président du jury. D'après lui, le fait que Gaza soit en guerre n'a pas influencé la décision, et le choix du lauréat ne reflète aucune prise de position politique.
"Pour nous, la politique n'est pas entrée en ligne de compte. Nous avons pris position sur leur travail, pas sur le conflit en Cisjordanie ou à Gaza."

L'Agence suédoise d'aide au développement international (ASDI) finance un projet de coopération entre l'institut Tamer et une organisation chrétienne suédoise d'aide au développement, Diakonia, qui a été lancée en 1995. Parmi leurs dernières actions à Gaza, Diakonia et l'institut Tamer ont distribué des sacs à dos remplis de livres, de cahiers et de stylos.
"Ici, les livres pour enfants sont beaucoup plus que des livres pour enfants. Ils contribuent à atténuer le traumatisme de la guerre. Les expériences positives, les jeux et les histoires les aident à gérer le stress", explique Christoffer Sjöholm, directeur régional de Diakonia au Moyen-Orient.
"En Palestine, il n'existe pas de tradition littéraire pour la jeunesse ; la plupart des histoires sont transmises oralement. Avec ce projet, les auteurs et les illustrateurs locaux ont commencé à créer pour les enfants en s'inspirant des livres d'Astrid Lindgren."
Le directeur de l'Institut suédois du livre pour la jeunesse, Jan Hansson, estime que l'institut Tamer est un excellent choix.
Il a toutefois des regrets.
"Puisque l'on a créé ce prix avec l'idée que la Suède exerce une influence sur la littérature jeunesse dans le monde, on devrait le donner à un auteur suédois. Le jury a sans doute peur de régionaliser le prix, mais je pense qu'il revient de droit à un Suédois. Non pas que l'institut Tamer ne mérite pas le prix. Ce qu'il fait pour les enfants de la bande de Gaza est fantastique."




Repère

Le prix Alma, dédié à la littérature pour la jeunesse, a été créé par le gouvernement suédois en 2002 pour rendre hommage à l'œuvre de la romancière Astrid Lindgren. En termes de gratification financière, c'est le second prix littéraire au monde, après le Nobel de littérature. La Suédoise Astrid Lindgren (1907-2002) s'est rendue célèbre dans le monde entier avec le personnage impertinent et atypique de Fifi Brindacier, héroïne d'une série de romans traduits dans de nombreuses langues et portés à l'écran à plusieurs reprises. Plus près de nous, la jeune femme anticonformiste Lisbeth Salander, personnage principal de la trilogie à succès Millennium, du Suédois Stieg Larsson, est inspiré de Fifi Brindacier.




Jenny Leonardz
Svenska Dagbladet



Tags : litterature gaza secours enfants lire lecture

Catégorie : !60_News littéraires/2009/02

 Gabon : Tierno Monenembo, “tous les engagements se sont embourbés”

7/4/2009
http://www.gaboneco.com/show_article.php?IDActu=13057

Gabon : Tierno Monenembo, “tous les engagements se sont embourbés”

L’auteur guinéen Tierno Monenembo, Grand Prix Renaudot 2008 avec «Le Roi de Kahel», était en séjour à Libreville du 27 mars au 3 avril , où il a présenté son œuvre au public gabonais et rencontré les personnalités politiques et scientifiques de l’éducation et de la culture. Très engagé, la production de cet auteur de neuf romans trace l’itinéraire d’un africain sevré de sa patrie et jeté sur la route d’un exil douloureux. Dans cette interview, l’auteur revient avec détachement sur la notion d’engagement chez les auteurs africains, échoué sur l’autel du pouvoir. Il esquisse également la portée thérapeutique de l’écriture, notamment dans le contexte de l’exil, et évoque enfin les entraves structurelles à l’épanouissement de la littérature en Afrique.
 
© D.R
 
Lauréat du Prix Renaudot 2008, comment appréciez vous cette récompense : une reconnaissance de votre contribution à la littérature, ou de la portée historique du personnage central de votre ouvrage ?

«C’est une question qu’il faut poser au jury, c’est le jury seul qui sait pourquoi il m’a donné le prix. Et c’est même difficile de poser cette question au jury parce que c’est un jury hétéroclite, c’est un vote où 10 personnes votent pour l’auteur de leur choix. En ce qui me concerne c’était très difficile puisque c’est au 11e tour que j’ai eu le prix, c’est qu’à priori il n’y avait pas une profession de foi définie.

Ce n’est pas la première fois que je suis sur la liste du concours du prix Renaudot. J’ai déjà été sélectionné plusieurs fois pour plusieurs romans, et ce n’est pas non plus la première fois qu’un écrivain africain obtient le prix Renaudot, c’est la quatrième fois.

Mais je suis le seul avoir créé ce type de personnage, celui d’un aventurier européen du 19e siècle qui vit en Afrique. Le prix Renaudot est fait pour célébrer un roman qui a plus ou moins plu à un jury donné. De toutes les catastrophes qui me sont arrivées dans la vie, c’est sans doute la plus supportable, non seulement c’est le couronnement d’un travail de 30 ans, mais aussi parce que cela confirme la présence incontestable de la littérature africaine sur la scène internationale.

Il y a un mythe qu’il faut finir par casser au niveau des prix littéraires, c’est de croire que les gens célèbrent un romancier plutôt qu’un roman. Ces 50 dernières années, la vérité c’est qu’on a couronné plutôt un romancier, un travail de longue haleine, qu’une œuvre ponctuelle. Cela murmurait déjà depuis longtemps dans les jurys littéraires de Paris que je finirais un jour par avoir un grand prix. Amadou Kourouma c’était aussi le cas, bien avant qu’il n’ait le prix Renaudot.

Quel est le message essentiel de cet ouvrage, et quelle est sa portée, à la fois sur le plan littéraire et historique ?

Il n’y a pas de message, moi je n’ai pas de message. Les messages ont disparu dans les œuvres littéraires tout simplement parce que le rôle messianique de l’écrivain a disparu de lui-même.

L’engagement aujourd’hui n’est plus une question de choix, c’est une question d’histoire. L’engagement a une histoire au niveau littéraire. Il est né au 19e siècle à la suite des romantiques français comme Victor Hugo, Emile Zola, etc., qui ont donné pour mission à l’écrivain de sauver l’homme. De quoi on ne sait pas trop ! Des maux qui l’environnent, peut être aussi de lui-même, parce qu’il est beaucoup plus démoniaque que tous les démons du monde.

Cette visée a continué et s’est cristallisée à travers le 20e siècle, notamment lors de la révolution Bolchevik, où l’engament a pris une autre tournure, il n’était plus question de sauver vaguement l’homme, mais de sauver la révolution, d’être au service de la classe ouvrière, l’engagement du réalisme socialiste. Dans la foulée il y a eu l’engagement tiers-mondiste, né avant la seconde guerre mondiale ; l’engagement de la Négritude pour sauver les valeurs historiques et culturelles du peuple noir ; l’engagement anticolonialiste pour libérer l’Afrique de la domination coloniale. Tous ses engagements ont fini par s’embourber parce que l’histoire elle-même s’est embourbée. Tous les grands idéaux de l’humanité se sont effondrés. Il n’y a plus d’idéal ! Le communisme s’est cassé la gueule, les indépendances africaines ont tourné au cauchemar, les révolutions latino-américaines on tourné au despotisme, les révolutions en Asie du Sud Est ont fini par Pol Pot. Même le fait de se dire engagé devient indécent.

L’écrivain n’a plus de mission, sa seule mission c’est d’amuser la galerie, de raconter des histoires. A ce niveau là moi je raconte une histoire, une histoire originale. Elle parle d’un personnage très original qui vit une histoire très originale dans un contexte très précis, le contexte du 19e siècle colonial. Voici un homme qui dès l’enfance a des fantasmes sur l’Afrique, à travers une région précise qu’est le Fouta Djalon.

Voici un homme qui lit René Caillié dès l’âge de 8 ans, qui est fantasmé par une région qui s’appelle le Fouta Djalon que l’on chante à son oreille. Tout en grandissant il construit toute une mythologie et un fantasme du Fouta Djalon. Il se dit «un jour que je serais roi du Fouta Djalon» et à partir du Fouta Djalon je vais conquérir l’Afrique, mais c’est une conquête fantasmatique, c’est une conquête à la Don Quichotte.

Cet homme n’est pas un colonisateur au sens vrai du terme, c’est un fou. Il vient en Afrique avec une ombrelle et des gants dans l’intention de devenir roi d’Afrique, c’est un fantasme, c’est le royaume de l’enfance. C’est comme si moi je débarquais au Groenland pour devenir roi du Groenland avec mon stylo en poche, ça ne peut pas marcher. D’ailleurs ça n’a pas marché. Ca a un peu marché parce qu’il a obtenu un royaume de 26 kilomètres de longueur, mais qu’il lui a été octroyé par les Peuls pourquoi ? Parce qu’il a été Peul. C’est en tant que roi Peul qu’il devient roi de Kahel, parce qu’on le fait citoyen Peul. Ce n’est pas en tant que français, en tant que blanc. On est complètement en dehors de la colonisation, voila pourquoi je raconte cette histoire.

Je n’ai pas raconté une histoire sur Gallieni, sur Brazza, etc., ça ne m’intéresse pas. Mais Olivier de Sanderval il est intéressant, d’autant que sa vie et sa personnalité dépassent largement le cadre historique pour s’investir directement dans le cadre du roman. C’est un personnage roman qui n’a pas sa place dans un manuel d’histoire. D’ailleurs il a été oublié du point de vue historique, c’est moi qui le ressuscite par un roman.

Quand on est un auteur africain, faut-il vivre en occident pour prétendre à un tel Prix ?

Attention ! Arrêtons de jouer au faux semblant. Il n’y a pas de choix, le choix appartient aux hommes libres, nous sommes des sociétés dominées. La littérature africaine, qu’on appelle africaine, n’est pas née en Afrique, elle est née en France. La négritude est née à Paris, c’est à Paris que Senghor, Césaire et Damas ont écrit. C’est à paris que Mongo Bety, Camara Laye, etc., ont écris.

On ne peut pas être un écrivain en Afrique. Pour plusieurs raisons : les raisons de censure, on ne va pas se voiler la face ; des raisons structurelles, il y a très peu de maisons d’éditions, très peu de moyen de diffusion, très peu de bibliothèques, très peu de libraires, très peu de lecteurs. Même les maisons d’éditions africaines sont à Paris, Présence africaine n’est pas à Dakar, c’est à Paris depuis 1945. C’est Présence Africaine qui était l’âme de la littérature africaine, c’est la revue pour les écrivains africains. Soit au publiait à Présence Africaine, soit on collaborait directement à la revue Présence Africaine. Donc la littérature africaine est génétiquement parisienne.


Quelle est l’œuvre majeure de votre production littéraire ?

Ce n’est pas à moi de le dire, c’est aux critiques littéraires ou aux lecteurs de le dire. Mais moi j’ai un roman que je préfère, c’est Le Rêve Utile. J’avais tenté une expérience très audacieuse. J’avais gommé les dialogues et j’avais laissé les personnages évoluer simplement avec des monologues intérieurs qui s’entrechoquaient de façon désordonnée et je me suis dis que le lecteur finirait par reconstituer l’histoire lui-même.

Cela n’a pas été le cas, certains m’en ont voulu, d’autres m’ont encensé. Moi j’ai un peu reculé parce que je me suis dit qu’étant issu d’une société où les gens savent à peine lire et écrire, il est peut être trop snob de s’éloigner de son lectorat naturel alors je suis revenu à une mouture un peu plus classique de l’écriture.

Depuis «Les Crapauds-brousse», quel est le parcours qui vous a amené jusqu’au «Roi du Kahel» ?

J’ai neuf romans assez différents les uns des autres. Ils sont différents au point de vue du thème abordé, puisque moi je sui un vieil exilé de 40 ans et mes romans peuvent être considérées comme des balises qui délimitent mon itinéraire très tortueux, ce qui fait que j’ai des romans qui se passent en France, en Afrique, au Brésil, etc., et à chaque fois l’histoire est différente et je fais en sortes que l’écriture soit différente.

Pensez vous que ce Prix va contribuer à valoriser la littérature africaine ? Comment ?

Un peu plus de visibilité, ne serait-ce qu’au point de vue médiatique. Les grands prix littéraires français sont très médiatisés à l’échelle mondiale. La France est encore le dernier pays au monde qui accorde symboliquement une place centrale à la littérature. Les gens lisent beaucoup moins qu’avant c’est vrai mais l’institution littéraire existe en France alors qu’elle n’existe pas ailleurs.

Aux Etats-Unis il y a des écrivains mais il n’y a pas d’institution littéraire américaine. En Allemagne non plus, où la musique est beaucoup plus importante institutionnellement. Les prix Goncourt ou Renaudot sont des moments décisifs de la vie culturelle en France, et le monde entier les suit. Une anecdote, lorsque j’ai appris que j’avais le prix j’étais à Cuba, j’ai tapé sur le net pour voir un peu ce qu’on en disait. J’ai tapé sur Google Costa Rica et je vois «un escritor guineano primiado…», donc la nouvelle du prix Renaudot était sur les journaux costaricains. Donc il y a une visibilité au niveau médiatique, on en parle.

Ca apporte plus de prestige en tout cas. Ce n’est pas seulement vis-à-vis de moi mais je pense que Yambo Ologuem, Amadou Kourouma et Alain Mambanckou ont projeté la littérature africaine dans d’autres sphères de lecture et dans d’autres zones géographiques où peut être on n’en avait jamais entendu parler. Cela permet d’élargir le lectorat et aussi de diversifier les traductions. Aujourd’hui on se rend compte effectivement que la littérature africaine est de plus en plus traduite dans des zones où elle n’avait pas l’habitude de l’être. Elle commence à être traduite en Asie par exemple.

Quels sont les auteurs africains, et gabonais parce que nous sommes ici, qui sont susceptibles de figurer au palmarès des grands prix de littératures ?

Il y a de grands écrivains gabonais. je connais Angèle Rawiri, je connais Bessora, qui est une écrivaine très moderne, très inventive, très originale. Je l’enseigne par exemple aux Etats-Unis où je donne des cours et je sais que les étudiants américains sont très intéressés par sa manière ironique, très courtelienne, de voir l’absurdité de démocratie moderne, avec beaucoup d’humour et le sens de l’absurdité.

Dans tous les pays africains il y a des auteurs capables de prétendre à un grand prix littéraire. La littérature est en train de devenir, est devenue, une littérature comme une autre au niveau mondial. Jusque là elle était encore un ghetto que l’on visitait de temps en temps par soucis de curiosité exotique. Aujourd’hui elle est devenue une réalité incontournable de la vie littéraire internationale. Elle n’est plus connue que dans le monde francophone, elle a trouvé une place de choix dans l’enseignement aux Etats-Unis. Aujourd’hui la littérature dans l’enseignement aux Etats-Unis est essentiellement la littérature francophone, donc africaine. Elle est beaucoup plus étudiée aux Etats-Unis que la littérature française. Il n’y a pas aujourd’hui une seule université américaine qui n’étudie pas la littérature africaine, c’est fini, il y a énormément de thèses, de maîtrises et de nombreux voyages d’études.

Moi à chaque fois que je viens en Afrique je rencontre de mes amis africains installés aux Etats-Unis qui viennent avec 10, 15, 20, 30 étudiants africains en train de visiter l’Afrique et même les itinéraires de certains personnages. J’ai rencontré à Bamako un ami malien qui enseigne dans le Minnesota, qui était avec ses étudiants sur la route de Wangrin, le personnage d’Hampâté Bâ. L’année dernière, la Corée du Sud a invité 55 écrivains africains, cela veut dire que nous existons.

Comment amener la jeunesse africaine à s’intéresser davantage à la littérature, une discipline de plus en plus négligée aujourd’hui ?

Il faudrait évidemment une politique culturelle plus rationnelle, ce qui n’a jamais existé en Afrique. Vous savez très bien que les systèmes politiques africains ont considéré la littérature et la culture de manière générale comme quelque chose de suspect et dangereux.

C’est vrai que l’écrivain est suspect et dangereux parce qu’il parle à tort et à travers, il ne dit pas ce qu’on attend qu’il dise, il dit ce que lui a envie de dire et pas ce que les autres ont envie d’entendre. Les systèmes politiques africains aiment bien que les gens disent ce qu’ils ont envie d’entendre.

Et puis c’est un problème structurel, bibliothèque, librairie, maisons d’éditions. Tout cela est une question d’époque, ça viendra avec la démocratisation. Elle a commencé en Afrique de manière très confuse, parfois même tragique, mais il est évident qu’elle est irréversible. Elle se fera. Plus les espaces démocratiques seront larges, plus l’intensité de la vie culturelle sera grande. Ce n’est pas mauvais à priori que la littérature africaine soit pour le moment expatriée, ce n’est pas mauvais du tout. Elle se confronte aux autres littératures du monde et reviendra plus forte et plus riche. La littérature moderne américaine s’est faite à Paris, pas aux Etats-Unis. Mc Kay, l’un des grands chantres de la négro renaissance, a écrit son roman à Marseille. Même la littérature russe s’est faite à Paris.

Quel est selon vous le rôle d’un auteur africain dans la société africaine d’aujourd’hui, traversée par de multiples crises ?

C’est de raconter des histoires, comme les conteurs d’autrefois. Avec plus de frustrations. J’aurais bien aimé resté engagé mais je n’en ai plus les moyens. On ne prend plus l’écrivain au sérieux. Je vais m’engager à faire quoi ? Mentir comme les autres, dire que je vais démocratiser, développer, libérer, etc., c’est impossible !

Vous avez l’habitude de dire que la littérature est l’art qui permet de mieux supporter la vie, jusqu’ou cela est vrai ?

Oui bien sûr. C’est une thérapie. L’expérience de l’écriture m’a permis de supporter quelque chose de très dur à supporter c’est l’exil. C’est grâce à la littérature que j’ai donné un sens à ma vie d’exilé. La littérature a une valeur thérapeutique évidente, beaucoup de malades finissent par écrire.

D’abord la littérature c’est pour les gens anormaux, qui ont fini par être en contradiction avec le déroulement normal de choses. La littérature se fait toujours à la suite d’un choc, un choc esthétique, pathologique, amoureux, etc. L’art d’une manière générale a permis à l’homme de supporter l’existence, c’est la création qui a permis à l’homme de donné un sens à son existence. Il n’y aurait pas eu de sens. Sans la culture l’homme n’est rien. C’est la culture qui a donné à l’homme une dimension historique.

C’est la culture qui créé la conscience et la sensibilité et sans ça nous vivons stupidement l’absurde de l’existence, le chaos de l’existence. C’est l’écriture, c’est la culture, c’est la musique, c’est out cela qui nous a permis de donner un sens à l’existence. Il y a une civilisation à partir du moment où on se raconte. Les animaux ne se racontent pas. Nous sommes des êtres civilisés parce que nous nous racontons. Nous racontons le passé, et nous prévoyons l’avenir. Nous essayons donc de dompter le temps. Et c’est l’art qui nous permet de dompter le temps. Malraux disait que l’art est un antidestin, c’est lui qui nous protège de la fatalité, qui nous permet de survivre à nous même. Les pyramides d’Egypte sont encore là des millénaires après.
Publié le 07-04-2009    Source : Gaboneco.com     Auteur : Gaboneco   

Tags : Gabon litterature prix renaudot

Catégorie : !60_News littéraires/2009/02

 Une crise de taille

7/4/2009
http://sante.canoe.com/channel_health_news_details.asp?channel_id=2001&relation_id=3483&news_channel_id=2001&news_id=4015&rid=

Soins de santé au Canada

Une crise de taille

Journal de Montréal
Ronald Denis
6 avril 2009





La crise économique vous affecte et vous coupez dans vos dépenses? Attention de couper au bon endroit. Plusieurs s'en remettent à la restauration-minute pour se nourrir à peu de frais. Un type de nourriture qui participe à préparer lentement, depuis plus de trente ans, une formidable crise également mondiale : celle de l'obésité.

L'Organisation mondiale de la santé (OMS) considère l'obésité comme une épidémie. L'Association pour la santé publique du Québec estime qu'il s'agit du problème de santé publique du XXIe siècle. Au Canada, plus d'un adulte sur deux est en surpoids et près d'un sur six est désormais obèse. La crise de l'obésité est déjà commencée et, malheureusement, plusieurs risquent de ne pas y survivre.

SURPOIDS ET OBÉSITÉ

Le surpoids et l'obésité sont définis par l'OMS comme une accumulation anormale ou excessive de graisse corporelle qui peut nuire à la santé. Une mesure simple, l'indice de masse corporelle (IMC), permet d'estimer le surpoids et l'obésité chez les adultes des deux sexes. Un IMC égal ou supérieur à 25 est signe de surpoids tandis qu'un IMC égal ou supérieur à 30 correspond à l'obésité.

L'IMC s'obtient en divisant le poids (en kilos) par la taille (en mètre) au carré. Par exemple : Si le poids d'une personne est de 80 kilos et qu'elle mesure 1 mètre 70, le calcul est: 80 divisé par (1,70 x 1,70) soit, 80 ÷ 2,89, ce qui donne un IMC équivalent à 27,7. Cette personne est donc en état de surpoids. Elle n'est pas seule car, à travers le monde, plus de 1,7 milliard de personnes sont dans la même situation et, d'ici 2015, plus de 2,3 milliards le seront.

Les personnes qui souffrent de surpoids ont généralement tendance à continuer à accumuler les kilos et plusieurs franchiront le seuil de l'obésité qui correspond à un IMC égal ou supérieur à 30. Plus de 500 millions de personnes sont dans cet état aujourd'hui et d'ici 2015, plus de 700 millions le seront.

Lorsque l'IMC atteint 40, l'obésité est qualifiée de «morbide» et la personne qui est dans cet état souffrira fort probablement, tôt ou tard, de graves maladies causées par l'excès de poids. Au Québec seulement, près de 1,2 million de personnes sont désormais obèses et plus de 250 000 comptent dans les rangs des obèses morbides.

CAUSES

La cause fondamentale du surpoids et de l'obésité est simple: les calories consommées sont supérieures à celles dépensées. Et pourquoi, partout dans le monde, on consomme désormais à un rythme effréné plus de calories qu'on en dépense? Plusieurs facteurs entrent en ligne de compte. Cependant, deux sont évidents. La nature de plusieurs formes de travail fait en sorte que plusieurs sont sédentaires et ne réalisent plus ou peu d'exercices physiques et, surtout, on se nourrit d'aliments très caloriques riches en graisses et en sucres mais également très pauvres en vitamines, en minéraux et autres micronutriments. Comme en restauration-minute...

CONSÉQUENCES

Les conséquences du surpoids et de l'obésité sont majeures. Au contraire de la crise économique qui s'annonce quand les indices commencent à chuter, la crise de l'obésité est proportionnelle à la croissance de l'indice IMC. Plus il est élevé plus il devient un facteur important de risque de maladies chroniques. Les maladies cardiovasculaires, le diabète, les troubles musculo-squelettiques et certains cancers prolifèrent chez ceux dont l'IMC est élevé. Par exemple, l'OMS prévoit que les décès reliés au diabète augmenteront de plus de 50% au cours des prochaines années. L'obésité chez l'enfant est en outre associée à un risque accru de décès prématurés et d'incapacité à l'âge adulte. Un problème criant. Un problème qui n'est plus individuel mais bien collectif. La présente crise économique nous appauvrit certes, mais celle de l'obésité risque fort de nous laisser encore plus pauvres et malades!




RÉINVENTER LE PLAISIR DE MANGER

Comme pour la crise boursière, la crise de l'obésité est reliée à un problème de perception. On croit à tort que manger sainement élimine le plaisir qui accompagne le fait de manger. Partout des initiatives sont mises de l'avant pour corriger le tir. J'en ai relevé une des plus intéressantes qui débute ce mois-ci en France. L'Association des maîtres cuisiniers de France organisera à compter de la fin avril une opération baptisée Régaler les sens sans affoler la balance pour lutter contre la malbouffe et l'obésité en créant des menus gastronomiques à 1 200 calories.

L'objectif n'est pas de réaliser des «régimes pour maigrir» mais plutôt des menus «pour ne plus grossir». On peut effectivement très bien manger, avec plaisir, sans prendre de poids. Parallèlement, un concours sollicite le public en l'invitant à créer des «recettes plaisir de 1 200 calories ou moins».

Les meilleurs menus et les plus inventifs seront l'objet de récompenses. Bon plan! Freiner d'abord l'accumulation de calories. On travaillera sur la perte de poids plus tard. Un projet rassembleur qui pourrait fort bien se réaliser au Québec en intéressant les intervenants de l'industrie : détaillants, restaurateurs et les écoles de formation comme l'Institut de tourisme et d'hôtellerie du Québec.


Tags : obesite surpoid alimentation

Catégorie : !60_News littéraires/2009/02

 Toni Morrison dans toute sa gloire

2/5/2009

http://www.lemonde.fr/culture/article/2009/04/25/toni-morrison-dans-toute-sa-gloire_1185409_3246.html*

Toni Morrison dans toute sa gloire

 

 

Tags : Litterature Toni Morrison

Catégorie : !60_News littéraires/2009/02

 Interview - Guillaume Musso : "Ce livre est peut-être le dernier"

4/5/2009

Publié le 01/05/2009 à 17:50 Le Point.fr

Interview - Guillaume Musso : "Ce livre est peut-être le dernier"


Livres

Publié le 01/05/2009 à 17:50 Le Point.fr

Interview - Guillaume Musso : "Ce livre est peut-être le dernier"

5,5 millions d'exemplaires de livres vendus en 6 ans, 31 langues de traduction et 3 projets d'adaptations cinématographiques. La sortie du dernier roman de Musso, Que serais-je sans toi ?, est très attendue. Par ses lecteurs, mais aussi par la critique. Rencontre avec un auteur à succès, adulé ou contesté.

Julie Malaure

Guillaume Musso :

Le romancier Guillaume Musso ©JM. Perier

Le Point : L'addiction amoureuse, c'est le thème de votre dernier livre ?

Guillaume Musso : Oui, tous mes personnages sont malades d'amour. Martin ne se remet pas de son premier amour, Archibald n'accepte pas la mort de sa femme, et même l'adolescente, à la fin, tente de se tuer par amour. Et tous les personnages que croise Martin, la prostituée, la Coréenne, ils portent tous en eux cette contamination. C'est vraiment le thème souterrain du livre, celui autour duquel l'histoire est bâtie.

Le Point : On trouve souvent dans vos livres la question du destin, vous y croyez, vous, au destin ?

Guillaume Musso : Non je ne crois pas forcément au destin. Mais regardez, Harry Potter est un livre d'initiation dans lequel la magie n'est que l'emballage. On ne demande pas à J. K. Rowling si elle croit en la magie. Idem pour Twilight . Les vampires sont une métaphore du désir, du sexe. Stephenie Meyer ne croit sans doute pas aux vampires, pas plus que J.K. Rowling à la sorcellerie et je n'ai pas, pour ma part, de croyance ésotérique. Mais la lutte implacable de l'homme contre son destin, pour un romancier, c'est la base de pas mal de situations dramatiques.


Le Point : Ce n'est alors que le ressort dramatique ?

Guillaume Musso : Mon métier de romancier c'est de trouver des situations dramatiques pour parler de thèmes plus profonds qu'il n'y paraît. C'est une porte d'entrée ludique vers un contenu plus profond.

Le Point : Mais entretenir des lecteurs adultes dans le ludique et le facile, n'est-ce pas les infantiliser ?

Guillaume Musso : Ma mère m'a appris à ne pas être sectaire. À passer de Dostoïevski à Agatha Christie, d'un restaurant gastronomique au McDonald's. On peut trouver mes romans faciles, mais je pense que les thèmes traités ne le sont pas forcément. Je parle du deuil, des conduites addictives, de la vieillesse. Truffaut voulait "faire des films qui divertissent tout en élevant". Moi je voudrais faire des livres à cette image.

Le Point : Votre dernier roman traite du premier amour, le vôtre a été marquant ?

Guillaume Musso : Oui... Il n'est pas très éloigné de ce que vit Martin dans mon roman. Il y a de moi dans tous les romans, mais à petite dose.


Le Point : Comment s'appelait-il, votre premier amour ?

Guillaume Musso : Amandine.


Le Point : L'amour est un moteur puissant de vos livres.

Guillaume Musso : Oui, bien sûr, l'amour ! Je ne pourrais pas écrire un roman sans histoire d'amour. J'aime l'amour avec les dangers que cela comporte, comme dans mon livre préféré, c'est Les Hauts de Hurlevent , avec cette passion tourmentée...

Le Point : Parce que l'amour sans tourments, c'est ennuyeux ?

Guillaume Musso : Les gens heureux n'ont pas d'histoire.

Le Point : Les personnages de votre roman sont malades d'amour et effectivement tourmentés, pourtant, ça finit plutôt bien pour tout le monde. Est-ce qu'il faut en déduire que la vie devient forcément ennuyeuse ensuite ?

Guillaume Musso : Il est vrai que la fin de ce roman est plus apaisée que le précédent. Mais ce n'est pas une happy-end bêtasse. Il y en a qui partent, d'autres qui restent. J'avais envie d'écrire un livre dont on tirerait du réconfort. Partir du noir pour aller vers la lumière, plutôt que le contraire.

Le Point : Est-ce que ça existe, selon vous, une fin heureuse en amour ?

Guillaume Musso : Je n'en sais rien. On a des exemples autour de nous d'amours qui durent plus ou moins longtemps... Mais j'avais envie de terminer le roman sur un couple qui essaye quand même de construire quelque chose. Ils ont 35 ans, pas d'enfants ; ils sont jeunes mais c'est le moment ou jamais de croire en l'amour.


Le Point : Est-ce que cela vous freine dans l'écriture d'entendre que l'on parle de vos livres en termes de "littérature fast-food", ou de "hall de gare" ?

Guillaume Musso : La critique actuelle qui dit que certains best-sellers sont de la littérature de consolation me paraît bien dérisoire. On ne choisit pas les livres que l'on écrit. On les écrit quand on peut.

Le Point : Qu'est-ce qui est le plus gratifiant dans votre métier d'écrivain ?

Guillaume Musso : Voir quelqu'un lire mes romans. Je suis complètement tourné vers le lecteur. Je ne suis pas en quête d'un bon article. Je suis le fruit du bouche-à-oreille, je reçois des milliers de courriers de lecteurs du monde entier. Et puis, ça m'intéresse aussi d'écouter les gens, leurs histoires. Ce sont même parfois des débuts potentiels de romans.

Le Point : C'est cela, cette relation "étrange et belle" avec vos lecteurs que vous mentionnez à la fin du livre ?

Guillaume Musso : Oui, j'ai lu des dizaines d'articles sur la soi-disant "mécanique Musso". À chaque fois, c'est atterrant. Il vaudrait mieux écouter les gens qui aiment mes romans.


Le Point : Et que disent-ils ?

Guillaume Musso : Qu'ils aiment la façon dont je construis mes personnages : avec leurs failles.


Le Point : Vous avez le trac, à la veille de la sortie d'un livre ? Est-ce que vous redoutez de faire un flop ?

Guillaume Musso : J'ai un peu le trac parce que je sais que je suis très attendu. Mais j'accepte que l'on n'aime pas mes romans. En revanche, si je recevais des centaines de courriers de lecteurs déçus, ce serait extrêmement décevant pour moi. C'est comme offrir un cadeau à la personne que l'on aime, on passe du temps à choisir, on espère faire plaisir. Or je serais déçu d'offrir quelque chose qui ne plaise pas. Ce serait une déception, oui, quelque chose de très primaire.


Le Point : Vous envisagez d'arrêter d'écrire ?

Guillaume Musso : Oui, à chaque fois que je finis un roman. Ce livre est peut-être le dernier. Parce que la vie est fragile, parce que l'on peut perdre la vie, comme perdre l'envie. Écrire est la chose que je préfère et la chose la plus douloureuse au monde. Mais si un jour, comme en amour, je n'en ai plus envie, je n'écrirai plus.

Que serais-je sans toi ? (Éditions XO, 300 pages, 19,90 euros).

Je reviens te chercher, (Ed. Pocket, 410 pages, 6,90 euros).


Tags : Guillaume Musso litterature livre

Catégorie : !60_News littéraires/2009/02
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