|
|
|
|
|
|
Auteur Victor OJEDA | Bloguez.com
Articles de cette pageObama/génétiqueLes 10 romanciers français les plus vendeurs en 2007 Hommage au père Littérature et humanisme : Elie Barnavi, lauréat du Prix Montaigne Les inédits de Roland Barthes: la littérature en héritage
2/2/2009 |
| http://www.genethique.org/revues/revues/2009/janvier/20090120.2.asp Barack Obama et l'avortement |
| Barack Obama devrait aussi, dans les prochains jours, mettre un terme à la politique dite "de Mexico City", mise en place sous l'ère Bush, selon laquelle les Etats-Unis refusent toute aide financière aux programmes de planning familial faisant la promotion de l'avortement. La Croix consacre un article aux rapports qu'entretiennent les citoyens américains et en particulier les chrétiens avec le président élu. Si certains n'échappent pas à l'"obamania", pour d'autres, et notamment ceux qui ont fait de l'avortement la question fondamentale de cette élection, la victoire du candidat démocrate a un "goût amer". "C'est le cas de la hiérarchie catholique qui, depuis des années, combat frontalement la loi libéralisant l'avortement", affirme le quotidien, rappelant qu'au lendemain de son élection, le président de la Conférence épiscopale catholique des Etats-Unis, le cardinal Francis George, avait adressé une mise en garde à Barack Obama, le pressant de ne pas considérer son élection comme "un référendum pro-avortement". La Croix reprend l'analyse de P. James Halstead, théologien moraliste titulaire de la chaire d'études catholiques à l'université DePaul (Chicago) et spécialiste d'éthique, pour qui le fait que les évêques n'aient pas été suivis par leur fidèles devrait les conduire à s'interroger sur leur manière de communiquer. Pour lui, "les évêques ne doivent pas se focaliser sur la politique" ; "l'important est de manifester, dans l'engagement de nos communautés, dans nos liturgies, la dignité des personnes et la beauté de la vie". Dans une récente lettre adressée au nouveau président, le cardinal Francis George a rappelé les priorités dégagées par la Conférence des évêques américains dont la protection "de la vie des membres les plus vulnérables et sans voix de la famille humaine, spécialement les enfants non nés et ceux qui sont handicapées ou malades en phase terminale". |
| © genethique.org |
| Chaque article présenté dans Gènéthique est une synthèse des articles de bioéthique parus dans la presse et dont les sources sont indiquées dans l'encadré noir. Les opinions exprimées ne sont pas toujours cautionnées par la rédaction. |
Des lettres au père, la littérature de tous les pays et de tous les temps en recèle, prenant les formes les plus diverses. On pourrait même dire que la littérature est une immense «lettre au père et à la mère»: c'est avec eux que débute l'histoire, celle de tout homme et de toute femme.
C'est par rapport à leur présence ou à leur absence que les personnalités se construisent. C'est par eux que chacun cherche à être reconnu pour ce qu'il est et ce qu'il fait. La démarche inverse revêt une importance tout aussi grande: reconnaître, soi, son propre père, accepter ce qu'il a été, ce qu'il laisse en héritage et ce legs plus subtil encore de l'éducation, ce temps le plus souvent partagé: l'enfance de l'un, l'âge considéré comme adulte de l'autre.
La Lettre au père la plus célèbre de la littérature occidentale a été écrite par Kafka, en 1919, à l'âge de 36 ans, alors qu'il se savait atteint de la tuberculose. C'est une lettre que Hermann Kafka n'a jamais lu, alors qu'il était vivant au moment de son écriture et qu'il a survécu à son fils: c'est à ses parents que Kafka a écrit un de ses derniers courriers à la veille de sa mort, en 1924, sans y exprimer ni la violence ni la souffrance que provoquait en lui l'évocation de ses relations avec son père: «Par ta faute, [j'ai] perdu toute confiance en moi, [j'ai] gagné en échange un infini sentiment de culpabilité (en souvenir de cette infinité, j'ai écrit fort justement un jour au sujet de quelqu'un: "Il craint que la honte ne lui survive") ».
Kafka cherche la vérité sur une relation qui dresse sur la route de son existence des obstacles impossibles à franchir. Gagner sa vie, se marier lui apporteraient la liberté par rapport à l'emprise paternelle et c'est cette emprise même qui renforce à chaque instant ses barrières intérieures: «L'obstacle essentiel à mon mariage, c'est la conviction, maintenant indéracinable, que pour pourvoir à la suffisance d'une famille, il faut avoir toutes ces qualités que j'ai reconnues en toi, bonnes et mauvaises prises ensemble telles qu'elles se trouvent organiquement réunies dans ta personne.» Même la force de l'analyse que Franz déploie dans cette lettre aggrave son propre cas et le constat d'échec implacable qu'il dresse sur son existence.
Le portrait du père n'est ici que l'image du ressenti du fils. Il évoque celui que Duras dresse de sa mère dans ses romans autobiographiques ou ses interviews et dont Jean Vallier, le dernier biographe de Duras, a vigoureusement contesté la réalité historique. Kafka et Duras s'affrontent au père et à la mère pour la plus grande gloire de la littérature, en prenant le risque d'une écriture ancrée au plus profond du soi et d'une lucidité qui ne calme en rien leurs angoisses: c'est une libération qu'ils cherchent. Pas la rencontre d'un autre à jamais enfermé dans une forme de toute-puissance et de déni que la mort ne parvient même pas à faire disparaître (la mort de la mère de Duras telle qu'elle la raconte dans La Vie matérielle, la mort de Franz Kafka «épouvanté par la vie»).
Le discours d'anthologie prononcé par Orhan Pamuk devant l'académie suédoise lors de sa réception du prix Nobel de littérature en 2006 est une autre forme de «lettre au père», à l'opposé de celle de Kafka par bien des aspects, mais tout aussi importante sur le plan littéraire et sur le plan de la connaissance de l'être humain.
Le père qu'évoque Orhan Pamuk entretient avec son fils des rapports affectueux et de confiance, empreints de pudeur et de réserve. C'est un homme qui n'a pas connu une vie lisse (il est parti plusieurs mois vivre à Paris, loin de ses enfants) mais qui a réussi socialement, qui aime la vie et ses agréments et sait plaisanter. Il a toujours encouragé son fils: premier lecteur de son premier manuscrit, il lui a prédit, dès cette lecture, le prix Nobel.
Lorsqu'en 2000 il remet à son fils une petite valise remplie de ses propres écrits, ses manuscrits et ses cahiers à lire après sa mort pour éventuellement publier ce qui le mérite, ce n'est pas une surprise: le fils a surpris à plusieurs reprises chez son père, la force de ce regard intérieur qui fait de l'homme un écrivain. Le discours développe avec précision, sensibilité et un souci extrême d'exactitude et de justesse, le cheminement intérieur du fils, confronté au désir et à la crainte d'ouvrir la valise - «Même à mon âge déjà avancé, je tenais à ce que mon père ne fût que mon père, et non un écrivain». Puis, face aux textes, il développe les réflexions que leur lecture suscite: il revisite ses choix, celui de faire profession d'écrivain, d'affronter la solitude de cette vie et ses angoisses - «Je connais par moi-même que la majorité écrasante de la population mondiale vit avec ces sentiments oppressants en luttant contre le manque de confiance en soi et contre la peur de l'humiliation» -, et la place centrale qu'il accorde à l'écriture. Il s'agit bien d'une relation de filiation, mais aussi d'un lien entre deux hommes, que le partage de la position d'écrivain, juste avant le décès du père, ravive: ils parviennent, par le silence et une compréhension profonde, à éprouver une sensation identique que le fils, peu habitué, défini comme «un tressaillement embarrassant de bonheur».
Lorsqu'Orhan Pamuk a conclu: «Mon père est mort en décembre 2002. Honorables membres de l'académie suédoise qui m'avez accordé ce grand prix, cet honneur, et vous leurs éminents invités, j'aurais beaucoup aimé que mon père soit parmi nous aujourd'hui», un frisson a parcouru la salle d'apparat de l'académie. Le père mort était vraiment présent pour assister à la remise du Nobel qu'il avait prédit à son fils.
«C'est triste une main d'homme qui n'a jamais tenu un livre entre ses doigts»: écrivain de pièces de théâtre et de romans à la langue sobre et forte, Ahmed Kalouaz n'a pas eu la littérature en partage avec son père, «ni [ses] envies, [ses] émotions [ni ses] rires». Le seul moment où ils se sont sentis, l'un et l'autre, de plain-pied, c'est celui où, au début des années 1970, ils ont travaillé côte à côte, pour «trois francs quarante de l'heure» à décharger «des wagons de produits frais aux portes du jour» et à «récupérer les cartons traînant sur les quais, pour les mettre en botte à l'aide d'une ancienne moissonneuse reconvertie dans le tri sélectif». Le fils qui sait lire et a été à l'école, comme ses nombreux frères et sœurs, se révolte à sa manière, qui n'est pas celle du père: il met le feu à l'ancienne moissonneuse et décide d'abandonner définitivement ce travail d'esclave. «Autour de la machine détruite par le feu nous nous séparons pour toujours, sans le savoir vraiment.»
C'est surtout l'appartenance au lieu, à une culture qui les différencie: depuis 1972, Ahmed refuse de retourner au pays où le père s'obstinera à être enterré, à défaut d'avoir pu y finir ses jours dans la maison qu'il avait économisé pour acheter. «La mort qui rode en Algérie [condamne l'ouvrier à la retraite] à attendre derrière [sa] fenêtre, et à subir la lente dérive des mois.» Pendant quatre ans, le fils «condamne au silence et à l'abandon» ses parents qui ont cédé «aux appels à la prière, à ces codes» dont cette famille «ignorait l'existence»: au jour de ses seize ans, ils imposent à la petite sœur une conduite d'un autre âge au nom de préjugés incompréhensibles. Neuf ans plus tard, la jeune fille meurt, dans un accident de voiture. «Au cimetière, écrit Ahmed Kalouaz qui s'adresse directement à son père mort, nous ne t'avons pas vu. Cette envie une nouvelle fois de défier le monde, de rester accroché à tes certitudes, tes maladresses. Toute ta vie tu as adopté cette façon de faire, la méfiance et la colère unies comme des sœurs jumelles.»
Avec pudeur, Ahmed Kalouaz reconstitue l'itinéraire de cet homme silencieux, qu'il a vu si souvent partir au travail, sa musette sur l'épaule. Il ressuscite «l'image triste de l'homme qui n'a jamais serré ses enfants dans ses bras. Personne ne t'avais appris». La justesse du portrait directement adressé à ce «tu» avec lequel, de son vivant, il n'a eu aucun vrai échange tient à son caractère factuel, avec des éclats poétiques et des mots rares qui ne cherchent pas à se faire valoir. Il est en correspondance profonde avec un homme qui a toujours lutté pour l'essentiel: de la nourriture, des vêtements, un toit pour lui et sa nombreuse famille, conquis par sa seule force de travail. La voix du narrateur avance avec fermeté et douceur comme s'il retenait son souffle, pour ne pas crier, pour ne pas pleurer, et pour dire «je t'aime» à un homme auquel ce verbe restait étranger: il rend son histoire à l'émigré qui croyait ne pas en avoir, tissant un hommage au père d'une grande noblesse.
➦ Tous les textes du blog La vie en livres
Tags : Litterature pere livres roman hommage
Catégorie : !60_News littéraires/2009/01
Les
personnalités de l'univers littéraire Bordelais se sont réunies
vendredi 3 avril dans les Salons de la Mairie, à l'occasion de la
remise du Prix Montaigne, à l'historien Elie Barnavi, pour son ouvrage
L'Europe frigide, réflexions sur un projet inachevé, aux éditions André
Versaille. Selon, Jacques Rigaud, Président du Jury, « l'ouvrage et la
personnalité de son auteur illustrent parfaitement ce pour quoi ce prix
a été créé ; la bonne qualité littéraire et l'humanisme sans frontière
». Humanisme mis ici au service de l'Europe.
Le
Prix Montaigne créé en 2003 par la Mairie de Bordeaux et l'Académie du
Vin de Bordeaux, récompense un ouvrage littéraire portant des valeurs
d'humanisme, de tolérance et de liberté, chères à l'auteur des
illustres Essais. Lors de la remise du prix, ces qualités ont
été maintes fois reconnues à l'auteur et à son ouvrage. Ouvrage, qui
selon Jacques Rigaud, « nous rappelle à tous de penser et d'agir en
européen » et, de l'avis d'Alain Juppé, « nous aide à retrouver le
militantisme européen, par un regard à la fois intime et provocateur ».
Franchise et provocation
Dans
ce livre, Elie Barnavi, ancien diplomate international et conseiller
scientifique auprès du musée de l'Europe, se penche sur cette création
politique unique qu'est l'Union européenne. Avec franchise et
provocation, il tente d'apporter des réponses à la crise européenne.
Convaincu que l'on est « incapable de comprendre le présent si l'on
renie le passé », il se retourne sans cesse sur les racines de cette
Europe et revient sur des notions douloureuses ou difficiles telles que
le sionisme, la laïcité, les frontières...
"Heureux, ému et flatté"
Parce
que l'Europe « est une extraordinaire aventure humaine, créative et
radicalement inédite », il « rage du fait que les européens ne se
rendent pas compte de l'ampleur et de l'audace de cette révolution ».
Une des préconisations d'Elie Barnavi pour lutter contre le désamour
que l'Europe inspire à nombre de ses citoyens, c'est d'affirmer son
identité ; « ce qui manque à l'Europe, c'est un sentiment de fierté,
d'esprit de corps qui devrait s'affirmer avec la même enthousiasme que
celui de ses détracteurs». Ce livre, « c'est un cri du cœur d'un
véritable pro-européen », confie-t-il sur le site internet de son
éditeur. Pourtant, Elie Barnavi, derrière son français parfait est
Israélien, d'origine Roumaine... Comment alors, douter de l'humanisme
de l'homme et du mérite de sa récompense ?
Visiblement « heureux,
ému et flatté », il rajoute, non sans humour, qu'il est « ravi que le
Prix soit doté de la manière dont il est doté ». En effet, Le Prix
Montaigne, pourvu par l'Académie du Vin de Bordeaux, est constitué de
20 caisses de Grands Crus de Bordeaux..
Tags : Litterature humanisme prix Elie Baranavie
Catégorie : !60_News littéraires/2009/01
![]() | Chantal Guy |
Doit-on ou non publier les notes les plus intimes des écrivains après leur mort? Le plus célèbre cas en ce domaine est probablement la publication des manuscrits de Kafka par son meilleur ami Max Brod, à qui il avait pourtant demandé de les brûler.
C'est au tour de Roland Barthes, l'un des plus influents théoriciens de la littérature du 20e siècle, figure de proue du structuralisme pendant un temps, d'être publié à titre posthume. Le degré zéro de l'écriture, Mythologies, S/Z, Le plaisir du texte, Fragments d'un discours amoureux... Plus d'un étudiant en lettres a dû se colleter à ses livres. Viennent de paraître le Journal de deuil (Seuil), regroupant une série de fiches écrites après la mort de sa mère, auquel il était terriblement attaché, et les Carnets du voyage en Chine (chez Christian Bourgois), où l'on découvre un Barthes qui s'ennuie profondément pendant ce périple tandis que Philippe Sollers s'amuse. C'est grâce aux archives de l'IMEC (L'institut mémoires de l'édition contemporaine) et à l'approbation du frère de Roland Barthes, que nous avons droit à ces publications.
Olivier Corpet, directeur de l'IMEC, était de passage à Montréal à la veille de l'inauguration d'une importante exposition sur la vie littéraire sous l'Occupation à la Public Library de New York. Il nous explique le délicat travail d'édition des oeuvres posthumes.
Q: Expliquez-nous les origines et la mission de l'IMEC.
R: L'IMEC n'a pas été créé par les archivistes ni par les bibliothécaires, ce qui n'est pas en soi un défaut ni une qualité; c'est une particularité. Cela a été créé par des chercheurs et des éditeurs. L'IMEC réunit les archives de la vie littéraire, culturelle et éditoriale contemporaine. Et comment faire quand on n'a pas de moyens? On a trouvé quelque chose qui ressemble à une astuce, mais qui n'en est pas une, un dispositif juridique très subtil qui fait que tous les héritiers des écrivains, et les maisons d'édition, confient leurs archives, mais en restent les propriétaires. L'État aide à l'exploitation et à la mise en valeur de ces archives. Il y a eu un afflux de fonds très important. Ce qui fait qu'en date d'aujourd'hui, il y a plus de 500 fonds d'archives, dont 140 fonds d'archives d'éditeurs et tout le reste en fonds d'écrivains, d'institutions, etc.
Q: Quelles sont les archives de Barthes à l'IMEC?
R: On possède l'intégralité des archives écrites. Tous les manuscrits, les notes, sa correspondance, et puis son fichier notamment, dont est extrait le Journal de deuil. Il y a aussi beaucoup de photos.
Q: Pourquoi publier maintenant, ce journal très poignant, sur la mort de sa mère?
R: Parce qu'il faut un temps pour que les choses se passent. D'abord, ce n'est pas l'IMEC qui publie, c'est son frère qui pendant longtemps n'a pas accepté. C'était trop proche de la mort de son frère... et puis voilà.
Q: C'est une incursion assez intime quand même.
R: Roland Barthes a parlé de la mort de sa mère dans La chambre claire. Peut-être que s'il n'en avait jamais parlé, on ne l'aurait pas publié. Moi, je crois que les archives, c'est du domaine privé, on n'entre pas dans les archives comme dans un moulin. C'est la responsabilité des ayants droit, ce qui n'est pas une tâche simple.
Q: Quand on est fan, on est toujours intéressé par tout ce qui est publié de façon posthume...
R: Oui, bien sûr. Maintenant, de Proust, on publie tout, jusqu'aux notes de blanchisserie! Ça, c'est l'oeuvre. Si ce n'était de l'oeuvre de Barthes, on n'aurait aucun intérêt à publier ces livres. Si ce n'était pas des grands écrivains ou des grands penseurs, on ne s'y intéresserait pas. Toute oeuvre oblige à regarder l'archive autrement.
Q: Quelle est encore l'influence de Barthes en France, quel est son héritage?
R: D'abord, je ne suis pas du tout un spécialiste de l'oeuvre de Roland Barthes. J'ai le point de vue de Robbe-Grillet là-dessus. Ce qui reste, ce qui nous séduit, c'est l'homme, on dirait, derrière ce qu'on devine, ce qu'on croit deviner. C'est lui, et le côté écrivain chez lui. Même s'il n'a pas écrit de roman. J'avoue que je suis toujours un peu stupéfait de la mythologie qui se construit autour d'un Barthes, d'un Beckett ou d'une Duras. C'est très particulier. Je pense que les gens ont besoin de se donner des figures d'écrivains. Barthes, en plus, avait cette nonchalance inquiète qu'il promenait partout, surtout à la fin de sa vie. Cette mélancolie évidente. Les gens doivent s'y retrouver. Ce qui le sauve, c'est d'être un écrivain ou de chercher à l'être.
Q: On dirait qu'il a tourné toute sa vie autour du processus d'écriture.
R: Est-ce une impuissance ou est-ce une forme d'écriture ou de littérature? À chacun d'en juger.
Q: Pour être directeur de l'IMEC, doit-on être un peu potineur littéraire?
R: Il faut d'abord aimer les oeuvres, et les écrivains. Je crois que c'est indispensable. J'aurai un jour un successeur, évidemment. Il faudra qu'il aime les écrivains. On ne peut pas aimer tous les écrivains, parce que tous les écrivains ne sont pas à aimer ou aimables. Je crois qu'il faut quand même lire les oeuvres, les connaître. Je ne suis pas seulement le «dépositaire des clés».
Q: Avez-vous d'autres projets de publication des archives de Barthes? Par exemple sa correspondance?
R: Non, parce que je ne pense pas qu'elle soit intéressante. Barthes est quelqu'un de très gentil. Il savait mettre en valeur son interlocuteur, c'était pour lui un acte de politesse. Mais je pense que la correspondance entre Robbe-Grillet et Barthes, oui. On voit que chacun a l'intelligence de l'oeuvre de l'autre.
Q: Vous discutez avec les ayants droit. Est-ce que parfois vous leur conseillez de ne pas publier certaines choses?
R: Oui, bien sûr. On est en train de créer la Fondation pour la mémoire de la création contemporaine, et l'objectif sera essentiellement de faire ce travail d'accompagnement. Moi, je suis résolument contre ceux qui pensent que les héritiers sont des empêcheurs de chercher. Je pense que les disciples sont souvent plus castrateurs que les héritiers. Il arrive aux héritiers de ne pas bien faire les choses, mais c'est rarement par mauvaise intention. Il y a des héritiers abusifs, évidemment, mais il y a beaucoup de chercheurs abusifs aussi.
Q: Les fanatiques sont parfois castrateurs, il est vrai...
R: Je ne parle même pas des journalistes, hein! Je pense qu'une chose que l'IMEC a contribué à créer, c'est le fétichisme de l'inédit, de l'archive. Et ça je le regrette. Je le regrette, mais en même temps, ça renforce l'idée qu'on peut tout éditer, mais il y faut la forme.
Q: Aucune oeuvre posthume ne peut au fond détruire l'oeuvre déjà mise en place du vivant de l'auteur.
R: Non. Ils tiennent la route ou pas. Ça n'enlèvera rien à la qualité de leur écritureTags : litterature
Catégorie : !60_News littéraires/2009/01|
Créer un blog | Liens : Fonds d'écran gratuits | Jenifer | |