OSLO/LITTERATURE – Portrait de Per Petterson par son traducteur
9/7/2009
OSLO/LITTERATURE – Portrait de Per Petterson par son traducteur
Per Petterson est considéré par de
nombreux critiques et amateurs de littérature nordique comme l’un des
auteurs contemporains norvégiens les plus marquants. Pas facile de voler des chevaux,
paru en Norvège en 2003, lui a valu une renommée et un succès
internationaux. Terje Sindling, son traducteur, nous parle de ses œuvres
Selon Terje Sindling : "cette
manière de retravailler un langage populaire pour en faire une langue
hautement littéraire est peut-être ce qui le distingue le plus" - photo : Finn Ståle Felberg
Per
Petterson est l’un des écrivains norvégiens les plus traduits du
moment. Il s’est vu décerner il y a quelques semaines le Grand Prix
littéraire du Conseil nordique pour son dernier ouvrage
Jeg forbanner tidens elv. Né en 1952 à Oslo, il s’est fait connaître à l’âge de 35 ans avec la publication d’un recueil de nouvelles
Aske i munnen, sand i skoa. Il a depuis publié six romans et obtenu de nombreux prix. Son œuvre la plus connue est
Pas facile de voler des chevaux qui, en 2007, a été classée par le
New York Times parmi les dix meilleurs livres de l’année.
Per Petterson a grandi dans un milieu ouvrier. Dans une interview accordée en janvier dernier au quotidien britannique
The Guardian, l’homme confiait avoir découvert à l’âge de 18 ans sa vocation d’écrivain :
«
J’ai décidé que si je ne pouvais pas être écrivain ma vie serait
misérable. Je m’étais construit une pièce imaginaire faite de
références aux livres que j’avais lus. Une sorte de bulle dans laquelle
je vivais». Il lui faudra plusieurs années (période pendant
laquelle il travaille notamment comme libraire) pour achever une
première œuvre et oser la proposer à un éditeur. Le temps nécessaire
pour trouver son style et créer son propre univers. La famille y tient
une place importante.
Pour mieux connaître cet auteur, nous avons interviewé son traducteur Terje Sindling. Il vient de terminer la traduction de
Maudit soit le fleuve du temps (Jeg forbanner tidens elv), qui paraîtra aux éditions Gallimard début 2010. C’est son quatrième voyage dans l’œuvre de Petterson après
Jusqu’en Sibérie (Til Sibir),
Dans le sillage (I Kjølvannet) et
Pas facile de voler des chevaux (Ut og stjæle hester).
Comment avez-vous "découvert" Per Petterson ? En
2001, j’ai été contacté par le directeur des éditions Circé, Claude
Lutz, avec qui j’avais déjà travaillé. Lutz est un grand découvreur et
il s’intéresse beaucoup à la littérature nordique (j’ai traduit pour
lui des romans de Jon Fosse, Peer Hultberg et Kirsten Thorup). Il avait
entendu parler de
Jusqu’en Sibérie
et il m’a demandé de le lire et de lui faire une fiche de lecture. J’ai
rédigé un rapport enthousiaste et il m’a confié la traduction du roman.
Comment qualifieriez-vous son style, sa langue ?Quand
on lit les romans de Petterson, on est d’abord frappé par l’oralité de
sa langue, d’autant qu’il utilise volontiers des tournures et des
formes grammaticales empruntées au langage parlé dans les quartiers
populaires de l’est d’Oslo. Mais on s’aperçoit rapidement qu’il s’agit
d’une oralité entièrement reconstituée par des moyens littéraires.
L’écriture de Petterson est extrêmement travaillée, il a souvent
recours à des allitérations et à toutes sortes de figures rhétoriques
et ses textes fourmillent de références culturelles. Selon moi, cette
manière de retravailler un langage populaire pour en faire une langue
hautement littéraire est peut-être ce qui le distingue le plus.
Quelle place lui donnez-vous dans la littérature norvégienne ? Par
sa thématique, on peut évidemment rattacher l’œuvre de Petterson à une
longue tradition norvégienne (et plus largement nordique). Comme
beaucoup d’écrivains nordiques, il s’intéresse aux difficultés des
relations familiales et ses livres sur Arvid Jansson
(ndlr : personnage récurrent dans l'œuvre de Petterson) peuvent se lire comme une sorte de
Bildungsroman,
genre très prisé par les auteurs de l’Europe du nord. Mais Petterson
est aussi très proche de certains auteurs d’Amérique du nord – je pense
notamment à Cormack McCarthy et à Alice Munro. Comme eux, c’est un
écrivain très visuel – ses évocations de paysages en sont la preuve. Et
comme eux, il préfère montrer plutôt qu’analyser.
Traduire les mots, la musique de Per Petterson en français comporte-t-il des difficultés particulières ? Pour
un traducteur, un des problèmes que pose l’œuvre de Petterson est
évidemment lié à cette « oralité » très travaillée dont j’ai déjà
parlé. Je pense qu’il faut à tout prix résister à la tentation de
recourir à certains tics couramment utilisés pour faire « langage parlé
», comme les élisions. On doit retrouver en français la tenue
littéraire de son écriture. Autre problème : ses phrases très longues,
pleines d’incises et souvent reliées par des conjonctions. Là, on est
parfois obligé d’aménager différemment le texte. Le français est une
langue merveilleusement souple, mais qui manque un peu de relief ; la
musique du norvégien est beaucoup plus contrastée. En français, une
longue succession de phrases reliées par des « et » peut vite devenir
monotone et il arrive qu’on soit amené à introduire des coupures.
Thierry GUENIN (www.lepetitjournal.com - Oslo) -
jeudi 18 juin 2009 Tags : litterature
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