L'auteur des «Filles d'Allah» risque 6 à 12 mois de prison
4/5/2009
http://bibliobs.nouvelobs.com/20090429/12237/lauteur-des-filles-dallah-risque-6-a-12-mois-de-prison
Marc Levy soutient Nedim Gürsel. Billet du jour
Par Grégoire Leménager
La vérité oblige à le reconnaître: il arrive à Marc Levy d'être inspiré. Ce constat ne doit rien à la découverte tardive de «Toutes ces choses qu'on ne s'est pas dites», mais à la lecture d'une tribune publiée la semaine dernière, dans «le Monde», sous ce titre: «Liberté pour Nedim Gürsel».
©Ibo-Sipa
L'écrivain turc Nedim Gürsel est l'auteur
d'une vingtaine de romans, nouvelles, essais et récits de voyages,
parmi lesquels "Un long été à Istanbul" (1980) et "la Première femme"
(1986), qui lui ont valu d'être accusé d'"offenses aux forces de
sécurité nationale", puis "d'offense à la morale publique". Résidant à
Paris, il dirige des recherches au CNRS et enseigne la littérature
turque à l'Université de La Sorbonne, ainsi qu'à l'Institut National
des Langues et Civilisations Orientales.
L'auteur de «Et si c'était vrai?» s'y réclame en effet de sa propre origine turque pour s'adresser à «Monsieur le président du tribunal de Sisli», devant lequel sera bientôt jugé l'écrivain Nedim Gürsel:
à 58 ans, ce chercheur au CNRS, naturalisé français, auteur d'une
vingtaine de livres, a l'outrecuidance d'avoir fait de Mahomet un
personnage de roman dans «les Filles d'Allah», qui s'est déjà
vendu à plus de 30.000 exemplaires en Turquie (selon «l'Humanité»), et
qui sortira en France à l'automne prochain, aux éditions du Seuil.
Autrement dit, il est accusé d'avoir «vilipendé publiquement les valeurs religieuses d'une partie de la population», et par là «menacé la paix sociale». Un délit, selon l'article 216 du code pénal turc.
Six à douze mois de prison, c'est ce que risque le romancier,
malgré le non-lieu dont il avait d'abord bénéficié. Le tribunal de
grande instance, rapportait Pierre Assouline ce week-end dans «le Monde
2», a en effet annulé la décision du procureur de la République pour «renvoyer l'écrivain devant les tribunaux». C'est que, par une curieuse extension du domaine de la critique littéraire, la Direction des affaires religieuses s'en est «discrètement» mêlée, en «rédigeant un rapport l'accusant de blasphème».
Nedim Gürsel a beau expliquer qu'«il s'agit d'un roman», affirmer qu'il «respecte la foi et les croyants», rappeler que le Premier ministre «M. Erdogan a récemment déclaré que "la Turquie n'est plus un pays qui juge ses écrivains"» [=> voir sa lettre ouverte au Premier ministre turc],
le procès en sorcellerie s'ouvrira ce 5 mai 2009. Difficile, dans ces
conditions, de ne pas le soutenir, en posant les mêmes questions que
Marc Levy au président du tribunal de Sisli:
«puisque nous parlons ici d'un
écrivain accusé d'avoir porté atteinte aux croyances d'une communauté,
vos tribunaux ont-ils aussi ouverts leurs portes pour juger ceux qui de
par le monde offensent réellement les valeurs de l'islam?
Ces hommes de l'accusation qui, à
vos côtés, s'apprêtent à juger les pages de Nedim Gürsel, se sont-ils
dressés pour condamner fermement ceux qui brûlent des écoles,
interdisent l'éducation aux femmes, accrochent des bombes au torse de
leurs enfants, ceux qui terrorisent et assassinent des populations
civiles, ceux qui commettent de telles atrocités en détournant la
parole du Prophète?»
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