C’est curieux, au premier août 2008, juste au moment où les banques
allaient pouvoir bénéficier du livret A et engranger des sommes énormes
d’argent frais dans cette période délicate, le taux du livret A était
de 4%, au plus haut depuis 22 ans. On ne pouvait pas rêver meilleur
argument de vente, d’autant plus que les bourses s’effondraient au mois
de septembre et incitaient d’autant plus les Français à placer leur
épargne dans cette formule sans risque et bien rémunérée.
6 mois plus tard, alors que tout ceux qui voulaient un livret ont eu
le temps de le créer, le taux va passer vraisemblablement à 1,75, soit
le taux le plus bas jamais enregistré. Une bonne affaire ! Ca
ressemble à une énorme, une gigantesque arnaque à l’échelle du pays
pour capter des liquidités au profit des banques, mais les banques n’y
sont pour rien, n’est-ce pas, ce ne sont pas elles qui décident du taux
de rémunération… Il y en a vraiment qui voit le mal partout.
http://www.leprogres.fr/fr/france-monde/article/469002,192/Epargne-le-Livret-A-rapporte-de-moins-en-moins.html
Le Livret A n'est plus ce qu'il était.
Au mois d'août, le taux de rémunération de ce produit d'épargne avait
été porté à 4 %, nets d'impôts. Mais moins de six mois plus tard, ce
taux était redescendu à 2,5 % et voici qu'il va encore descendre pour
s'établir à 1,75 % le 1er mai prochain.
Une mauvaise nouvelle ne venant jamais seule, la
baisse du taux du Livret A devrait logiquement entraîner une diminution
de la rémunération de l'ensemble des livrets réglementés (notamment le
LDD, ex-Codevi), mais aussi des livrets ordinaires et des comptes à
terme, que les banques choisissent d'ordinaire d'aligner sur ceux du
Livret A.
« C'est très clairement un gain net pour les
épargnants par rapport au taux d'inflation », a défendu, optimiste, la
ministre de l'Economie Christine Lagarde.
Car le taux du Livret A, distribués par la Caisse
d'Epargne et La Poste, du Livret Bleu du Crédit Mutuel et de leurs «
petits frères », accessibles depuis le 1er janvier 2009 par toutes les
banques privées, va descendre ainsi à un niveau jamais vu depuis sa
création en 1818. Entre août 2005 et février 2006, la rémunération du
Livret A avait atteint 2 %, son plus bas niveau à ce jour. Ne pas
modifier le taux serait revenu à « créer un obstacle artificiel en
France à la répercussion de la baisse des taux de la BCE (Banque
centrale européenne) sur le taux des crédits », favorable à la reprise,
a pour sa part argumenté Christian Noyer, gouverneur de la Banque de
France.
« 1,75 %, cela préserve le pouvoir d'achat »
Pourquoi
le Livret va-t-il baisser ? Le taux de ce produit d'épargne, dont le
dépôt est plafonné à 15 300 euros, est normalement calculé en fonction
de l'inflation, mais aussi des taux du marché monétaire qui ont
fortement baissé ces derniers mois dans le sillage de ceux de la Banque
centrale européenne. Cette formule d'ajustement automatique a été
instaurée en 2003 pour dépolitiser ce sujet très sensible.
Théoriquement, la baisse de l'inflation (lire ci-dessous) aurait dû
ramener à 1% le taux du Livret A, qui est susceptible d'être modifié
quatre fois par an : les 1er février, mai, août et novembre. Mais le
gouvernement a, pour la troisième fois consécutive, choisi de déroger à
la règle afin de limiter la baisse.
Fixer le taux à 1,75 % « préserve le pouvoir d'achat des épargnants et l'attractivité » de ce produit, plaide Christine Lagarde.
« Ils étaient probablement inquiets » qu'une très
forte baisse à 1% ne « participe à la grogne sociale », analyse pour sa
part Cyril Blesson du cabinet Seeds Finance. Pour autant, « si
l'inflation reste basse et proche de zéro, nous devrons réexaminer la
rémunération au mois d'août », a d'ores et déjà averti l'entourage de
la ministre de l'Economie.
L'inflation au plus bas depuis dix ans
Les
prix à la consommation ont augmenté de 0,2 % en mars sur un mois. Sur
un an par rapport à mars 2008, ils ont progressé de 0,3 % par rapport à
mars 2008. Il s'agit de la plus faible hausse annuelle depuis juin
1999, a annoncé hier l'Institut national de la statistique et des
études économiques (Insee). En février, l'inflation s'était établie à +
0,4 % avec une hausse de 0,9 % sur un an. La hausse de l'inflation en
mars « résulte principalement de la hausse des prix de l'habillement,
des chaussures (+ 6 %) et des autres produits manufacturés (+ 0,5 %),
de même que celle des loyers, de l'eau et des services d'enlèvement des
ordures ménagères (+0,3 %). Ces augmentations sont « en partie
compensées par les baisses des prix de l'énergie (-2 %), et des
produits frais (-1,1%)». Cela pourrait permettre à la consommation des
ménages, principal moteur de la croissance française, « de ne pas
plonger à son tour, ce qui est la condition sine qua non pour que la
récession actuelle ne se transforme pas en dépression », souligne
l'économiste Alexander Law (Xerfi).
http://www.lexpansion.com/economie/actualite-economique/fixer-le-taux-du-livret-a-un-exercice-politique-delicat_179040.html?xtor=RSS-123
Epargne
Fixer le taux du Livret A: un exercice politique délicat
Julie de la Brosse -
10/04/2009 16:23:00
Le
gouvernement a abaissé vendredi le taux du livret A de 2,5% à 1,75%.
Mais il aurait pu descendre jusqu'à 1%. Décryptage d'une décision très
politique
Annoncée depuis
plusieurs jours, la baisse du taux du Livret A a bien eu lieu. Sur
proposition du gouverneur de la Banque de France, Christian Noyer, le gouvernement a décidé, vendredi, de fixer le taux du Livret A à 1,75% à partir du 1er mai contre 2,5% actuellement. Un nouveau taux a priori peu attractif pour le placement épargne favori des Français,
désormais au plus bas depuis sa création en 1818. Mais qui est le
résultat d'arbitrages très complexes qui auraient pu faire pencher la
balance dans un sens encore moins, ou au contraire, plus favorable. Et
ce alors qu'un système a été mis en place pour éviter toute
interférence du politique.
Première intervention: le Livret A n'est normalement révisé que deux fois par an, le 1er février et le 1er août. Mais une révision est possible au 1er mai ou au 1er
novembre si l'importance des variations de l'inflation et des marchés
monétaires le justifient. Le gouvernement a donc considéré que cette
baisse était nécessaire.
Une mesure "immorale" pour le PS
Le porte-parole du PS, Benoît Hamon, a dénoncé vendredi la décision
du gouvernement de "s'attaquer à l'épargne populaire" en abaissant la
rémunération du livret A, une mesure "absurde" et "immorale" qui
intervient au moment où il "allège" l'Impôt de solidarité sur la
fortune (ISF).
Deuxième intervention: la formule mathématique conçue pour calculer
le taux n'a pas été appliquée à la lettre. En 2003, en effet, pour
mettre le Livret A à l'abri de l'arbitraire politique, il a été décidé
que son taux serait le résultat d'une moyenne entre l'inflation et les
taux d'intérêts à court terme, ensuite majorée de 0,25 point. Avec la baisse constatée de l'inflation
- +0,2% en mars par rapport à février selon l'INSEE - et la division
par deux des taux monétaires, le taux aurait dû être ramené de 2,5% à
0,75%. Sauf qu'imposer d'un coup une baisse de plus de 1,75% est dans
les fait impossible. La formule "impartiale" prévoyait donc déjà un
seuil maximal de 1,5%. Ce qui aurait quand même pu déboucher sur un
taux de 1%... que le gouvernement et la banque de France n 'ont pas
appliqué.
Pourquoi? Parce que le calcul du taux du Livret A procède toujours
et évidemment d'une décision politique, et pas seulement économique.
Reste que fixer le "bon" taux est un exercice très délicat. En cas de
baisse, le gouvernement prend non seulement un risque vis à vis de
l'opinion, mais il doit faire aussi attention à ne pas provoquer un
phénomène de « décollecte » , c'est à dire le retrait d'une partie des
sommes déposées par les épargnants. Or ces sommes servent à financer le
logement social. A l'inverse, en cas de hausse, la Caisse des dépôts qui centralise les en-cours, sera obligée répercuter ce coût et de prêter aux organismes HLM à des taux plus élevés.
Le passage de 4% à 2,5% le 1er février avait déjà pesé sur la
popularité de ce produit défiscalisé et liquide (retraits et dépôts
sans frais et à volonté) qui en avait fait le produit idéal en temps de
crise financière.
Dans un communiqué, le ministère de l'économie s'explique : « le
taux du Livret A permettra de contribuer au plan de relance de
l'économie en offrant de meilleures conditions de financement pour la
construction et la réhabilitation de logements sociaux ». Selon
Bercy, cette baisse des taux représenterait une réduction des charges
financières d'intérêts de l'ordre de 200 millions d'euros par trimestre
pour les organismes HLM.
Par ailleurs, le Livret A constitue un taux directeur pour l'épargne
réglementée (notamment le LDD, ex-Codevi), mais aussi des livrets
ordinaires et des comptes à terme, d'ordinaire alignés sur le Livret A.
Elle devrait donc diminuer le coût des dépôts pour les banques et
permettre par ricochet "une diminution des conditions d'emprunt pour les entreprises et pour les ménages", espère Christine Lagarde.
Pas sûr que ces justifications rassurent les Français. En période de
crise, avec l'effondrement des marchés boursiers, les alternatives à
l'épargne bancaire sont rares. En moyenne, chaque détenteur du Livret A
y a déposé 3000 euros. Un taux d'intérêt à 1,75% fait donc gagner 52,5
euros par an. Soit près de 4,5 euros par mois. Pas de quoi gonfler
considérablement ses économies...
C'est d'ailleurs pour cette raison que Christian Noyer a préféré
couper la poire en deux, considérant qu'une baisse du taux à 1%
pourrait « paraître un peu forte ». En préconisant un taux à 1,75% la baisse n'était plus que de 0,75 point. Bercy a suivi son avis...